Retour sur le cycle cinéma «un monde meilleur, le meilleur des mondes» qui s'est ouvert au MuCEM le 3 mai

Le MuCEM rêve de mondes meilleursVu par Zibeline

• 3 mai 2014⇒22 juin 2014 •
Retour sur le cycle cinéma «un monde meilleur, le meilleur des mondes» qui s'est ouvert au MuCEM le 3 mai - Zibeline

Russe Commune
Au joli temps des cerises, en partenariat avec la cinémathèque de Toulouse qui entretient depuis près de 50 ans des rapports privilégiés avec la Gosfilmofond de Moscou, s’est ouvert ce 3 mai au MuCEM, le cycle «un monde meilleur, le meilleur des mondes» imaginé par Jeanne Biscioni-Baumberger. Au programme, un bijou du cinéma soviétique de 1929 : La Nouvelle Babylone de Grigori Kozintsev et Leonid Trauberg, accompagné au piano par Hakim Bentchouala-Golovitch qui, après Chostakovitch auteur de la musique symphonique originelle, a composé une nouvelle partition pour ce classique du 7e art. Le film, un des derniers produits par le collectif d’artistes La Fabrique de l’Acteur Excentrique (FEKS) fondée en 21 par les réalisateurs dans la mouvance des avant-gardes européennes et dissoute en 31, condense les deux mois de la Commune de Paris. De la capitulation française (mars 71) à la semaine sanglante de mai. Une heure trente et huit tableaux alliant impressionnisme et expressionnisme, grotesque et sublime, chorégraphie et peinture, théâtre et cinéma, littérature et opérette, café-concert et danse macabre, convoquant tour à tour Offenbach, Degas, Renoir, Manet, Vallès, Toulouse-Lautrec, Daumier, l’Assiette au beurre et Au Bonheur des dames, pour faire entrer l’épisode historique si peu représenté au cinéma dans la légende. Une légende qui se construit par un montage virtuose, un art consommé du portrait et des images-chocs incongrues comme un piano et un mannequin en robe blanche sur une barricade. Une légende sculptée surtout par la lumière. Cette lumière qui fait hurler les premiers plans tandis qu’elle floute les arrières, exalte les dentelles de la même façon que la mousse savonneuse des baquets, magnifie l’éclaboussement libérateur d’une lavandière battant son linge mouillé au dessus de sa tête, transforme la pluie en une trame continue sur laquelle s’inscrit la répression, métamorphose les pavés de Paris en un fond abstrait ou en un fleuve d’ombres charriant irréversiblement les individus vers le drame tandis que le couple impossible du soldat versaillais et de la petite vendeuse insurgée oppose un temps dérisoire leur verticalité immobile. Film de propagande révolutionnaire -le cinéma n’était-il pas pour Lénine, de tous les arts, le plus important- La Nouvelle Babylone, hymne au peuple héroïque devient par sa force formelle, un hymne au cinéma.

Curiosités espagnoles
Le 10 mai, en partenariat avec Horizontes del Sur, c’est de la Guerre d’Espagne dont il fut question avec la projection de deux des huit fictions produites par la CNT, puissant syndicat anarchiste. Deux films pour le moins étonnants : Barrios bajos de Pedro Puche et Nosotros somos así de Valentin Gonzalès. On peine à percevoir un message politique dans le premier, un mélo au scénario improbable, où se retrouvent les archétypes de l’ouvrier rustre au grand cœur, de la jeune fille honnête convoitée par d’abominables maquereaux sur fond de crise économique, si ce n’est en arrière-plan, l’ode à la camaraderie contre un monde marchand impitoyable. Le second, plus didactique, plus surprenant et, avec le recul, plus drôle aussi, se donne comme une leçon en vers, chantée et dansée par des enfants sur le modèle des comédies américaines, ballet synchronisé et claquettes compris. Et on écarquille les yeux devant le tribunal révolutionnaire mené tambour battant par les bambins, entre les figures tutélaires de Betty Boop et de Popeye, absolvant le petit sang-bleu innocent des crimes de son père franquiste ! Deux curiosités de cinéphiles et d’historiens tirées de l’oubli par la cinémathèque de Madrid et le travail d’Armado Marcellan, fils d’un membre de la CNT. Deux films de 1937 plus intéressants pour ce qui était derrière la caméra que devant.

ELISE PADOVANI
MAI 2014

Le cycle «un monde meilleur, le meilleur des mondes» se poursuit jusqu’au 22 juin au MuCEM, Marseille

Photo : Nosotros somos así ! de Valentín R. González

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