Vu par ZibelineEt si on commençait l'année par une fable malicieuse, Le Miracle du Saint Inconnu ?

Le Miracle du Saint Inconnu

Et si on commençait l'année par une fable malicieuse, Le Miracle du Saint Inconnu ? - Zibeline

Sélectionné à La Semaine de la Critique 2019, projeté à l’ouverture du FID en juillet dernier, Le Miracle du Saint Inconnu, premier film franco-marocain d’Alaa Eddine Aljem est une comédie burlesque lorgnant du côté de Kaurismaki pour l’humour décalé façon clown blanc, les dialogues a minima, et les plans dépouillés. Sauf que le désert marocain, tel un décor de western, y remplace la neige finlandaise et que le disciple, quoique talentueux, n’est pas encore au niveau du maître. Le film commence par la poursuite à bout de souffle d’un braqueur par la police. Pour sauver son butin, juste avant son arrestation, le voleur, Amine, façonne une tombe sans nom sur la colline aride. Après dix ans de prison, il revient exhumer son trésor de guerre.

Las ! La tombe est devenue lieu de culte et de tourisme religieux. L’ancien bled voisin s’est vidé pour se reconstruire autour du mausolée soigneusement gardé et exploité. Mutation miraculeuse ou diabolique ? Comique de situation : le Saint Inconnu adoré par les pèlerins est, sans qu’ils le sachent, un pactole bien mal acquis, devenu une affaire ouvertement rentable ! Comique de répétition : les tentatives du malfrat flanqué d’un acolyte benêt pour récupérer l’argent échoueront toutes jusqu’à un surprenant revirement.

Le réalisateur, moqueur sans méchanceté, nous régale d’une réjouissante galerie de portraits : un coiffeur-prothésiste filou, un médecin distributeur de Dolipranes pour femmes désœuvrées, un infirmier placide un tantinet alcoolique, un gardien amoureux de son chien aux dents d’or… Un paysan dépressif en contrepoint dramatique au burlesque de l’ensemble. Une micro société se dessine engluée dans les superstitions et l’ennui, tiraillée entre la foi et l’argent, écartelée entre un monde moderne qui avance à coups de dynamite et un monde paysan moribond mais tenace. Il s’agit bien d’une fable sociale dont la morale comme souvent dans ce genre, reste incertaine.

ELISE PADOVANI
Décembre 2019

Sortie : 1er Janvier 2020

Photo / Copyright Le Moindre Geste/Altamar Films