Balade historique et musicale à Marseille sur les traces du poète Victor Gelu

Le Marseille disparu de Victor Gelu

Balade historique et musicale à Marseille sur les traces du poète Victor Gelu - Zibeline

De révolution en démolition, le poète provençal fut un témoin populaire des bouleversements politiques et urbains du XIXe siècle. Balade historique et musicale.

Qui veut avoir une idée précise de la configuration du centre historique marseillais au XIXe siècle doit se rendre au Musée d’histoire et dévorer des yeux l’incroyable maquette réalisée en bois et métal par Jean-Baptiste Fortuné Lavastre en 1850. On observe déjà l’hôtel Beauvau sur le Vieux-Port, le kiosque à fleurs du Cours Saint-Louis tandis que la Canebière n’a que sa partie basse, et que l’obélisque aujourd’hui à Mazargues trône sur l’actuelle place Castellane. Véritable travail d’orfèvre, cette œuvre témoin reproduit au détail près les vieux quartiers pendant l’insurrection des 22 et 23 juin 1848, déclenchée par un décret fixant la journée de travail à dix heures pour Paris et onze pour la province. Secoués par la force du mouvement populaire, les édiles mettent alors en œuvre une visée que leurs successeurs n’abandonneront jamais : l’éradication des classes populaires du centre de la plus vieille ville de France. Démarre alors la grande entreprise de « nettoyage social » qui va profondément marquer l’écriture du poète et chansonnier Victor Gelu. Ce fils de boulanger naît en 1806, dans l’ancien quartier de la Bourgade. Précisément au n°5 de la rue du Bon Pasteur, dans la partie de la voie qui a disparu au profit de la place Jules Guesde. Sa maison se situerait au niveau du kiosque à journaux, près de la station de métro et de la Porte d’Aix. Il n’a qu’à marcher quelques mètres pour rejoindre son école, près de la caserne des Présentines, qui deviendra bien plus tard une prison avant que ne sorte de terre dans les années 90 le bâtiment principal du Conseil régional. Non loin de là, les portefaix, ancêtres des dockers, fréquentent le barbier devenu le bar kabyle Triomphe. À l’emplacement de l’hôtel Tokyo-Inn se trouvent alors quatre des plus grandes auberges accueillant les calèches à l’entrée de la ville.

Saint-Martin détruit

Mathieu Castel, membre actif de l’Ostau dau Pais Marselhés et guide d’une balade urbaine sur les pas de Gelu, connaît bien son sujet. De la butte des Carmes, dont il ne reste du quartier historique que l’une des plus anciennes églises de Marseille – celle où il a été baptisé – le poète observe les deux autres monticules qui surplombent le Marseille d’antan : les buttes Saint-Jean et des Moulins. La première est éponyme du quartier dynamité jusqu’à la dernière habitation en février 1943 par l’occupant nazi et dont il ne subsiste que l’église Saint-Laurent. L’autre, située dans le Panier, qui représente aujourd’hui les maigres vestiges d’un vieux Marseille rabougri. Gelu n’est pas un homme engagé politiquement. Ni royaliste ni républicain, il est simplement épris de justice sociale et vit avec amertume les transformations de sa ville où l’on parle le provençal. Et particulièrement le percement de la rue de la République. Partant de l’histoire du plan en relief de Lavastre, Alain Dufau et Marie-Christine Bouillé réalisent en 1991 Le cœur éclaté, documentaire qui relate notamment la destruction progressive de Saint-Martin. Un quartier datant du XIIIe siècle dont le Centre Bourse deviendra la stèle mortuaire. Un quartier où les odeurs exotiques se mêlent aux relents impurs du port et où, même si Piémontais et Génois sont de moins en moins aimés, il fait bon vivre ensemble. Cela s’entend dans les textes de Victor Gelu, mis en musique avec caractère par le trio Chi Na Na Poun, composé de Manu Théron (chant), Daniel Malavergne (Tuba) et Patrick Vaillant (mandoline).

Si certains veulent à tout prix voir en l’Histoire un éternel recommencement alors il est permis d’être optimiste quant au devenir de Marseille. Voilà quasiment deux siècles qu’élites et édiles s’échinent à vouloir faire disparaître du cœur de la ville les classes populaires mais que chacun de leurs rêves de pelleteuse se heurte à la réalité sociale, géographique et culturelle d’une cité résolument commune.

LUDOVIC TOMAS
Mai 2019

La journée consacrée au Marseille de Victor Gelu s’est déroulée le 30 avril et a fait escale au Musée d’histoire de Marseille, à la Cité de la Musique et aux Archives départementales.

Photo : Plan relief de Fortuné Lavastre © X-DR


Bibliothèque départementale des Bouches-du-Rhône
20 rue Mirès
13 003 Marseille
04 13 31 82 00
http://www.biblio13.fr


Cité de la Musique
4 rue Bernard Dubois
13001 Marseille
04 91 39 28 28
http://www.citemusique-marseille.com/


Musée d’histoire de Marseille
2, rue Henri-Barbusse
13001 Marseille
04 91 55 36 00
www.marseille.fr