Mangaro et Heta-Uma, deux expositions consacrées à l'art manga, à Marseille et Sète

Le manga sans foi ni loiVu par Zibeline

• 17 octobre 2014⇒2 février 2015, 18 octobre 2014⇒1 mars 2015 •
Mangaro et Heta-Uma, deux expositions consacrées à l'art manga, à Marseille et Sète - Zibeline

Il fallait une bonne dose de folie nippone à Pakito Bolino (Le Dernier cri, Marseille) et Hervé Di Rosa (MIAM, Sète) pour se lancer dans pareille aventure, à savoir dresser un panorama de l’édition japonaise depuis les années 1960 et la naissance de Garo, le magazine de référence ! Avec la complicité de Ayumi Nakayama (librairie Taco Ché à Tokyo), Pakito Bolino et Hervé Di Rosa racontent son histoire de manière jubilatoire, pour démontrer, si besoin était, combien cette écriture entrecroise l’art contemporain, l’art mural et la performance. Avec une liberté de ton saisissante ! Pas de tabou, pas d’interdit, les créateurs et les éditeurs n’ont pas froid aux yeux : récurrence de scènes porno, de dessins effrayants, de figures monstrueuses, de situations violentes, d’écorchés, de femmes attachées ou serviles ou dominantes… La littérature manga trash répand une imagerie de la femme très machiste. Heureusement que le genre ero-guro, traduire érotico-grotesque, a l’humour pour étendard et provoque plutôt le sourire et le rire que les récriminations de la gent féminine.

À la Tour Panorama, la scénographie emprunte aux échoppes de cuisine de rue japonaises leur matière brute pour accrocher bouquins, affiches, photos, sculptures, sérigraphies dans un fourre-tout inextricable. Ici peu de noir et blanc, trop austère, sauf à être incisif dans la provocation politico-contestataire, mais une avalanche de couleurs plus criardes les unes que les autres. À moins d’être un expert en art manga et de maîtriser la culture nippone sur le bout des baguettes, difficile de se repérer dans ce dédale de formes, il y a tant et tant de mouvances, d’écoles, de chapelles, de styles. Tels le nuri comic (manga peint) fondé par Amakane Suzy, l’heta-huma («mauvais dessin» ou «maladroit génial») ou encore les figures indisciplinées d’Ichiba Daîsuke qui accouple graphisme trash, comic-book, art contemporain et poésie. Du manga «classique» au manga alternatif, du cinétique No More War de Kaichi Tanaami au psychédélique Katsumata Hideyuki, l’art du manga semble se régénérer dans un bouillonnement perpétuel. Ce que souligne précisément l’exposition Mangaro à Marseille, plus attachée à «la matière imprimée» que le MIAM dédié à l’univers des artistes. «Par conviction et par choix», explique Hervé Di Rosa qui dirige «un lieu créé par un artiste pour les artistes et où il n’y a pas une seule de mes œuvres !». Un florilège d’artistes dont la carrière de mangaka a débuté dans Garo -exceptionnellement, Le Dernier cri présente toute la collection- ou à cause de Garo, comme Yoshikazu Ebisu qui évoque «la chance provoquée par le magazine».

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Novembre 2014

Mangaro
jusqu’au 2 février
Tour Panorama, La Friche la Belle de Mai, Marseille 3e
04 95 04 95 94
www.cartel-artcontemporain.fr

Heta-Uma
jusqu’au 1er mars
MIAM, Sète
04 99 04 76 44
www.miam.org

photo : Exposition Mangaro, Friche la Belle de Mai, 2014 © MGG-Zibeline

La Friche
41 rue Jobin
13003 Marseille
04 95 04 95 95
http://www.lafriche.org/