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Vu par Zibeline

Gula Ben, nouveau spectacle de la Compagnie Pupella-Noguès, manie les corps

Le loup fait les contes

Gula Ben, nouveau spectacle de la Compagnie Pupella-Noguès, manie les corps - Zibeline

Une forêt inversée. Les arbres pendent du plafond, troncs fins, clairs et rectilignes ; des boulots. Le sol est nu, noir. Elle descend du ciel, de là-haut, là où tout est en ordre. Une jeune fille aux cheveux rouges, recroquevillée, peut-être endormie. Poupée de chiffons et de bois, Pinocchio au féminin, doucement manipulée par les deux créatures humaines qui l’ont découverte, elle s’anime soudain… Gula Ben est un spectacle qui manie les corps, où l’énergie passe de l’un à l’autre, mettant dans tous ses états (d’âme, physique) l’héroïne perdue dans la forêt. Elle n’a pas de nom, elle est l’adolescence. Un entre-deux comblé par des allers et retours entre ses différentes tailles (humaine, poupée), qui lui permettent d’attraper des restes d’enfance et de glaner le frisson de la rencontre avec le loup.

Les sons produits en direct et sur scène (Giorgio Pupella) maintiennent l’atmosphère dans l’univers des contes. Les troncs d’arbres grincent, le pic vert pique, l’eau crépite et le vent siffle. Le personnage est à la fois Chaperon rouge, Cendrillon, Blanche Neige, et le loup rôde, toujours ; on l’entend grogner, il est effrayant, mais si beau…

Masques, gants tête de loup, manteaux de fourrure : la bête est présente, la jeune fille le craint autant qu’elle l’espère. Marionnettes et chair se marient et s’allient dans ce spectacle qui prend le temps d’installer chacune des étapes dans un rythme lent, presque hypnotisant. La guitare électrique (Arthur Daygue) scande et souligne les peurs et les envies. Il y a du sang qui coule, trois étranges créatures venues pour confirmer que le temps file, qu’il faut passer à autre chose, que oui, il faut y aller, dans ce monde d’adultes ! Au changement d’échelle de tailles s’ajoutera alors le dédoublement, belle allégorie des troubles de l’adolescence. Chaperon, Blanche, Princesse, qu’importe son nom, à coups de selfies et d’introspections répétées, sera bientôt prête, et armée de la poésie de l’enfance, elle n’aura pas peur.

ANNA ZISMAN
Novembre 2018

Gula Ben, nouveau spectacle de la Cie Pupella-Noguès, a été créé le 8 novembre au Théâtre Molière – Sète, dans le Centre Culturel Léo Malet à Mireval.

Photo : Gula ben © Pupella Nogues


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