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Le Dossier Mona Lina, vu dans le cadre de la manifestation Regards sur le Cinéma israélien

Le lien

• 13 juin 2018⇒26 juin 2018 •
Le Dossier Mona Lina, vu dans le cadre de la manifestation Regards sur le Cinéma israélien - Zibeline

Labellisée par la Saison France-Israël, parmi les 400 événements culturels et scientifiques qui se dérouleront dans les deux pays jusqu’au mois de novembre 2018, la 19è édition de Regards sur le Cinéma israélien s’étendra cette année sur tout le Sud de la France, et proposera du 13 au 26 juin, des films inédits, des avant-premières et un focus sur les comédies israéliennes de la dernière décennie. Pour son ouverture marseillaise, ce mercredi 13 juin au cinéma Le Prado : tapis rouge, sécurité redoublée, salle comble et agents très secrets avec la projection du dernier film d’Eran Riklis : Le Dossier Mona Lina.

Le film d’espionnage d’Hitchcock à Mission impossible, en mode tragique ou comique, sérieux ou parodique, s’inscrit dans l’histoire internationale du 7è Art. En Israël, si de nombreuses séries souvent très critiques vis à vis de la politique gouvernementale (Hatufim, Hostages, False Flag pour ne citer que les plus connues) mettent en scène le célèbre Mossad, peu de fictions au cinéma le font. Eran Riklis, le réalisateur israélien multi primé, s’empare du sujet dans Le Dossier Mona Lina inspiré d’une nouvelle de Shulamith Hareven, The Link, elle-même « based on a true story » . Se frottant au film de genre, il ne renonce pas pour autant à ce qui reste une constante chez lui, qu’on avait aimée dans Les Citronniers ou La Fiancée syrienne : l’approche humaine des grands problèmes politiques qui divisent et meurtrissent la société et l’attention portée au regard des femmes dans un monde masculin au cœur des conflits.

Mona, libanaise, est exfiltrée en urgence de Beyrouth vers une planque en Allemagne, par les services secrets israéliens qu’elle renseignait sur les activités du Hezbollah. Une chirurgie du visage la contraint à attendre deux semaines dans un appartement de Hambourg avant de gagner le Canada sous une nouvelle identité. Naomi, agent du Mossad , en congé depuis la mort brutale de son mari, est chargée de reprendre du service et de jouer sa « baby sitter ». Double convalescence pour ces deux femmes pendant que le Hezbollah enquête pour repérer et éliminer celle qui les a trahis et qui, sachant trop de choses à la fois sur les islamistes chiites et sur les agents du Mossad, au fond, gêne tout le monde. Confinées dans le clair obscur du grand appartement où pendant la guerre des juifs se sont cachés, et où maintenant comme jadis, les tueurs peuvent surgir à tout moment, Mona et Naomi vont nouer durant cette cohabitation, un véritable lien. Plus que les grands enjeux politiques traités un peu sommairement, c’est l’authenticité de cet échange-là dans l’entrelacs des mensonges, malgré les leurres, les pièges, les fausses identités, les manipulations, les tractations entre camps adverses, qui intéresse le réalisateur. Climat oppressant du huis clos et intimité de plus en plus grande où chacune se découvre sans se livrer : celle qui a dû laisser son fils derrière elle, celle qui essaie d’avoir un enfant. Mona le visage bandé lève peu à peu ses pansements. Naomi abandonne son propre masque figé de professionnelle sans émotion. Le jeu de dupes imposé par l’espionnage devient alors ludique lorsque toutes deux, affublées d’une perruque blonde et de lunettes noires se découvrent une étrange sororité. Dans le film, ce sont les hommes qui tirent les ficelles et les blessures des deux protagonistes viennent aussi de ces messieurs. Mais les larmes qui coulent sur les joues de ces femmes, nées d’abord de leur propre chagrin, deviennent celles que chacune verse sur le chagrin de l’autre. Et la solitude des Îles, métaphore de la Vie dans le poème de Khalil Gibran qui ouvre et clôt le film, sans jamais être niée, se fait forcément moins lourde à supporter.

Saluons la performance des deux actrices venues de pays « ennemis » : dans le rôle de Mona, l’Iranienne Golshifteh Farahani et dans celui de Naomi, l’Israélienne Neta Riskin, invitée d’honneur de cette cérémonie d’ouverture.

ELISE PADOVANI
Juin 2018

Sortie nationale : 4 juillet 2018

Photo : Copyright NFP marketing und distribution* / Gordon Timpens, SMPSP


Cinéma le Prado
36 Avenue du Prado
13006 Marseille
04 91 37 66 83
http://www.cinema-leprado.fr/