Vu par Zibeline

A Toulon, un Rendez-vous en Méditerranée consacré à la création contemporaine libanaise

Le Liban, enchantement et désenchantement

A Toulon, un Rendez-vous en Méditerranée consacré à la création contemporaine libanaise - Zibeline

Neuf structures se fédèrent autour du Liberté, scène nationale de Toulon, pour un Rendez-vous en Méditerranée consacré à la création contemporaine libanaise. Un foisonnement pluridisciplinaire à l’image des arts visuels particulièrement dynamiques.

Le Liban se raconte par fragments au fil des expositions, et sous différents angles. L’approche documentaire est la plus fréquente, qui interroge notre perception de son histoire, en appelle à notre mémoire, compresse les conflits successifs dans un temps dilué. La photographe et vidéaste franco-marocaine Leila Alaoui, victime du terrorisme à Ouagadougou le 15 janvier 2016, avait pris la mesure de cette éternelle barbarie. Sur le terrain libanais dès 2013, deux ans après le début de la crise syrienne, elle photographiait sans artifice les familles « les plus vulnérables » abritées dans des « abris de fortune ». Quelle expression incongrue pour signifier une tente, quelques seaux, un matelas posé au sol, des bâches arrimées par de lourds cailloux ! Et que dire des autres réfugiés moins vulnérables ? Dans son récit documentaire Natreen (« Nous attendons »), les yeux de Samer, Maysam et Raghad, photographiés en plans rapprochés, disent le cauchemar vécu par ceux qui ont déjà connu l’exil dans leur propre pays avant de passer les frontières. Dès les années 70, les reporters de l’agence Magnum Photos sont envoyés au pays du Cèdre, immortalisant sur la pellicule les jours d’insouciance et les nuits d’horreur durant la guerre civile (1978-1990) et les conflits armés entre Israéliens, Palestiniens et Syriens. Certains ont traversé ces différentes périodes, comme Raymond Depardon, témoin de la beauté d’une naïade au corps bronzé et des immeubles dévastés place des Martyrs ; ou encore Chris Steele-Perkins qui fixe dans son viseur des « soldats au milieu de la foule sur les plages de Beyrouth » en 2006. La photographie fait se télescoper des polarités saisissantes : Hiroji Kubota rencontre en 1970 des enfants soldats, Gueorgui Pinkhassov croise en 2005 une petite fille en robe courte et collant blanc jouant innocemment… Au fil de la visite de Look back at Lebanon à la Maison de la Photographie, le constat est amer : le temps n’a pas de prise sur les États en guerre.

Avant-après, toujours

Le Metaxu et la galerie L’Axolotl ont choisi d’évoquer le Liban à travers les œuvres d’artistes plasticiens. Place du Globe, Hildegarde Laszak occulte l’emplacement de deux portes-fenêtres avec Enlarge your connection, un dessin interrompu en son centre par le mur, comme l’est régulièrement le flux internet libanais. Installation métaphorique prétexte à des performances sonores et musicales en plein air. Yann Pérol et Julien Carbone, co-commissaires de Corps_Temps du Liban, présentent un voyage poétique qui « met à l’honneur les espérances et les rêves en résonances avec l’Histoire » toujours embusquée dans la mémoire des artistes, quelque soit leur médium. Dans son court-métrage documentaire Tweety Lovely Superstar, Emmanuel Gras filme la démolition d’un immeuble par quatre syriens avant un bombardement, sans commentaire : seuls les coups de masse et la chanson de Fairuz rythment leurs gestes. Le danger imminent, hélas, leur sera fatal. Minutieux, documenté, sensible, le travail de Rodolphe Cintorino s’attache à rechercher et restituer les stigmates de la guerre. Ce qui a perduré. Comme les impacts de balles en creux dont il réalise des tirages en relief : « Retourner l’impact, inverser sa direction, c’est ce que questionne NIPPLES ». Le film The Libanese Rocket Society de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige nominés pour le Prix Marcel Duchamp- retrace le projet de conquête spatiale porté dans les années 60 par un professeur et ses étudiants. Un document comme « une chasse au trésor, un travail archéologique » qui fait de l’utopie l’antidote au désespoir.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Mai 2017

Rendez-vous en Méditerranée s’est tenu à Toulon, du 2 au 13 mai, au Théâtre Liberté (Natreen), à la Maison de la Photographie (Look back at Lebanon), à la Galerie Axolotl (Corps_Temps du Liban), et à la Galerie Metaxu (Enlarge your connection).

Photo : Nipples © Rodolphe Cintorino


Maison de la Photographie
Rue Nicolas Laugier
Place du Globe
83000 Toulon
04 94 93 07 59
www.toulon.fr


Théâtre Liberté
Grand Hôtel
Place de la Liberté
83000 Toulon
04 98 00 56 76
www.theatre-liberte.fr