Un film israélien, âpre et dérangeant, au programme des Rencontres Films Femmes Méditerranée

Le jeune homme et le rémouleurVu par Zibeline

• 7 octobre 2016 •
Un film israélien, âpre et dérangeant, au programme des Rencontres Films Femmes Méditerranée - Zibeline

Le 7 octobre, Les Rencontres Films Femmes Méditerranée proposaient au cinéma Les Variétés Pourquoi m’as-tu abandonné ? Premier long métrage de la réalisatrice israélienne Hadar Morag en compétition à la Mostra de Venise en 2015 dans la section Orrizonti, et dont le titre reprend l’ultime interrogation du Christ supplicié face au silence de Dieu le Père. Le sens de ce silence paradoxal, la réalisatrice dotée d’une maîtrise en théologie a dû, au cours de ses études, le questionner aussi. Et son film, âpre et percutant, garde la marque du paradoxe, liant présence et absence, silence et vacarme, calme et fureur, responsabilité humaine et mutisme divin.

Mohammad est un jeune Palestinien solitaire, rejeté des siens parce qu’il travaille dans une boulangerie industrielle pour des Israéliens et que son père emprisonné est considéré comme un traître. En pleine crise sexuelle et identitaire, il subit la pression ambiante, la répercutant sur sa famille dont il est le seul soutien. Il parcourt en vélo un Tel Aviv dont on voit surtout l’envers du décor : arrière boutiques, arrière cuisines, arrière cours, entrepôts, ateliers sombres aux murs écaillés. Sa rencontre avec le Russe Gurevitch, solitaire comme lui, motard rémouleur nomade énigmatique qui aiguise les couteaux des Juifs et des Arabes, bouleverse sa vie.

La réalisatrice filme cette relation trouble entre fascination et haine, désirs et frustrations, qui s’affûte comme les lames d’acier dans les étincelles de la meule. Peu de mots entre eux. La fureur semble couverte par le bruit des moteurs, le grincement des machines, la rumeur de la ville. Au non-dit (parce qu’on sait ou qu’on ne sait plus ?) se superpose le non-vu. Non par pudeur mais parce qu’on imagine avec plus de force une mutilation sexuelle dans l’obscurité de la nuit, de la prostitution enfantine derrière un camion, une fillette battue derrière une cloison. Dès les premiers plans, où on découvre un jeune homme de dos, vêtu d’une cape transparente bras en croix face à la mer, après n’avoir eu à l’écran qu’un morceau de plastique gonflé par le vent, et à l’oreille, le grondement des vagues, la réalisatrice choisit d’aller de la partie au tout, de révéler par élargissement du cadre. Mais cette révélation ne résout rien. Elle ouvre juste sur d’autres mystères et d’autres malaises.

ELISE PADOVANI

Octobre 2016

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