Le Jazz et les DivasVu par Zibeline

 - Zibeline

Les voix féminines ont contribué à la légende du Jazz. Bessie Smith puis Billie Holliday, Sarah Vaughan ou encore Ella Fitzgerald ont su mêler leurs timbres au souffle de Louis Armstrong, Ben Webster et d’autres étoiles du swing. Le concert donné le 20 juillet au Palais Longchamp prend sens dans ce fil mémoriel tissé de reprises, de duos et d’échanges dont la teneur constitue l’histoire musicale collective du genre. Dans l’écrin d’une nuit où le public, allongé dans l’herbe, déguste tout à la fois pinas coladas, voix sucrées et douceur du soir qui approche, Térez Montcalm (voir là) et le batteur Steve Williams revisitent Shirley Horn. Bien sûr, les autres musiciens sont formidables (Jean-Sebastien Williams à la guitare, Pierre de Bethmann au piano et Christophe Wallemme à la contrebasse) mais Williams a joué avec Horn, il incarne la mémoire vivante de l’artiste tandis que Térez Montcalm s’approprie le répertoire, revisite le souvenir et enrockifie la prosodie. Stacey Kent, elle, travaille à deux voix : son mari Jim Tomlinson aux saxos (surtout le Ténor) prolonge toutes les mélopées qu’il enrichit d’un timbre d’une rare clarté, sans parasite, sans souffle, avec au fond la même grâce apollinienne que sa compagne. Car la grande Stacey parvient désormais à chanter Jobim et Gilberto mieux que les originaux, et Tomlinson à faire oublier le son de Stan Getz. Mention spéciale pour le contrebassiste Jeremy Brown, toujours lumineux, sans oublier ses partenaires élégants et sensibles, Matt Skelton à la batterie et Graham Harvey au piano. Une soirée délicieuse, douce et pénétrante, ballade et bossa, partagée par un public conquis et chaloupant…

AGNÈS FRESCHEL
Juillet 2012