Tables rondes à L’ IMéRA, Institut Méditerranéen

Le fruit des recherchesVu par Zibeline

Tables rondes à L’ IMéRA, Institut Méditerranéen  - Zibeline

L’ IMéRA, Institut Méditerranéen de recherches avancées, propose chaque mois de rendre manifeste l’état de ses études. Ces tables rondes rassemblent un public varié attentif aux enjeux politiques et scientifiques de notre mer et de ses rives.

Le 13 novembre c’est une assistance composée en partie de femmes portant foulard qui assistait à la Table ronde réunissant Yadh Ben Achour, tunisien, juriste et philosophe du droit, titulaire de la Chaire Averroès de l’IMéRA et Leïla Tauil, belge d’origine marocaine, philosophe, spécialiste de la pensée critique dans l’islam contemporain. Autour de Thierry Fabre qui pilote ces « rendez-vous de demain », il était question des rapports entre Islam et Liberté, et de violence.

Si Islam signifie soumission, Yadh Ben Achour rappelait que la soumission à Dieu existe dans tous les monothéismes, et n’induit pas une soumission à l’échelle humaine. Et l’un comme l’autre d’expliquer que l’Islam n’est pas unique, que le Coran, sauf pour les Wahhabites, a vocation à être interprété et actualisé, la Charia à être adaptée, et certains hadiths à être abandonnés. « Tout et son contraire existe dans le Coran, on ne peut pas obéir à une loi aussi ancienne ». Ils déplorent, l’un comme l’autre, l’influence grandissante des prédicateurs saoudiens, qui prône un retour littéral aux textes. La violence est-elle inscrite dans le Coran ? Oui, tout et son contraire y est, répètent-ils.

Et la liberté ?

Sans détour l’un explique comment il a défendu la liberté des femmes en Tunisie et, plus difficile encore, la liberté de conscience. Le droit d’avoir une autre religion, mais surtout le droit de ne pas croire, de ne plus être musulman, sans être frappé d’apostasie et condamné à mort. La constitution Tunisienne est aujourd’hui la seule, en pays musulman, à accorder cette liberté fondamentale.

Avec précaution, les deux chercheurs avancent des réponses différentes à la violence exercée au nom de l’Islam. Si tous les deux déplorent l’influence religieuse des fondamentalistes, l’un rappelle que les peuples musulmans ont été méprisés, exploités, violentés, et que la réponse à la violence est souvent de la rendre. Leïla Tauil, sans le nier, rappelle que l’absence de liberté, l’inégalité entre les sexes, mais aussi la frustration née de la pénalisation de la sexualité hors mariage, de l’interdiction de l’homosexualité, fabriquent des sociétés à fleur de peau dont certains membres, « en infinie minorité », peuvent céder à la violence.

Des débats qui continueront, toujours grâce à Thierry Fabre, quelques jours plus tard lors des tables rondes d’Averroès.

AGNÈS FRESCHEL
Novembre 2018

La table ronde de l’IMéRA s’est tenue au théâtre du Gymnase, Marseille, le 13 novembre

Photo : c François Mouren-Provensal

Théâtre du Gymnase
4 rue du Théâtre Français
13001 Marseille
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net/