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La folie Elisa de Gwenaëlle Aubry, histoire de quatre femmes en quête de réponses

Le fol asile

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La folie Elisa de Gwenaëlle Aubry, histoire de quatre femmes en quête de réponses - Zibeline

Poussées par « un vent sorcier », quatre femmes en détresse et en rupture cherchent refuge auprès de L. qui habite une grande maison isolée dans les arbres : La folie Elisa, anagramme d’asile, havre de paix, et folie du latin folia, feuille. Un nom que n’a pas choisi sa propriétaire. Venues de quatre pays différents, on ne saura pas comment elles sont arrivées en même temps devant le portail. Deux d’entre elles seulement sont connues de leur hôtesse. Chacune occupe une chambre minutieusement décrite, lieu des confidences. Chacune à son tour évoquera sa vie, ses amours, les doutes qui l’ont fait basculer. Le récit de Gwenaëlle Aubry progresse en longs paragraphes, souvent séparés de virgules, qui occupent la page comme des poèmes en prose, donnant un souffle et un rythme particulier au texte, dont les lecteurs deviennent dépositaires.

Emy, la rockeuse anglaise, ne peut pas oublier qu’elle aurait pu faire partie des victimes du Bataclan ; Irini, sculptrice grecque, utilise des barbelés dans ses créations ; Sarah, danseuse israélienne, victime d’un attentat à Tel Aviv part danser à Berlin ; Ariane, comédienne parisienne, ne veut plus se cacher derrière ses rôles. Toutes quatre à un tournant de leur vie. Toutes amoureuses et incandescentes. Toutes artistes. Toutes obsédées par les attentats de 2015, les naufrages et les morts des réfugiés. La construction des récits est rigoureuse : trois chapitres pour chacune s’enchaînent de façon irrégulière avec des longueurs diverses mais une grande intensité, parcourus par la métaphore du corps et de la maison. « Quelle paroi vacille en toi, quel plancher (…), où se planquent tes termites, tes issues de secours et tes portes condamnées ? » Tout au long de leurs voyages, les quatre femmes font la rencontre d’un graffiti au lettrage élégant, formé de trois lettres, qu’on sait être tracées sur les murs du monde comme un signe de ralliement, de prise de conscience, d’espoir peut-être… Et elles prennent la fuite pour se sauver et trouver « la vraie vie qui chavire. »

CHRIS BOURGUE
Novembre 2018

La folie Elisa  Gwenaëlle Aubry
Mercure de France, 15 €