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14ème édition du Festival International des musiques d’écran

Le FIMÉ parcourt le monde

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14ème édition du Festival International des musiques d’écran - Zibeline

Pour sa 14e édition, le Festival International des musiques d’écran (FIMÉ) proposait une thématique autour du voyage

Lors de la soirée du 10 novembre consacrée au film noir et horrifique Häxan, la sorcellerie à travers les âges réalisé en 1922 par le suédois Benjamin Christensen, c’est l’Atelier Cinéphonique de Toulon qui créait la mise en musique du long métrage. Devant la brièveté de leur rencontre éphémère sur la seule journée du concert, ces 9 musiciens, aidés d’un ingénieur du son, ont recentré le discours musical sur les fondamentaux habituels de ce type d’exercice : une musique très atmosphérique faite de nappes sonores et de boucles diverses, comme pour mieux s’effacer derrière cette dénonciation presque clinique de l’obscurantisme au travers d’ images qui frappent par leur expressionnisme. Répartis en 3 trios, proposant chacun des univers sonores singuliers en combinant machines et instruments acoustiques, les musiciens improvisaient sur deux ou trois séquences du film à chaque fois. Finalement réunis sur les dernières séquences, leurs spécificités se combinaient dans un foisonnement électroacoustique inédit, mais toujours cohérent, en un tour de force presque hallucinatoire.

Le lendemain, selon leurs propres dires, les spectateurs ne sont pas venus voir un film accompagné par une musicienne, mais Christine Ott venue les accompagner pour voir Tabou, l’inoubliable chef-d’œuvre de Friedrich Wilhelm Murnau réalisé en 1931. Ce long métrage, à la fois sublime par sa photo, en lumière naturelle, mais aussi par son écriture scénaristique d’une finesse qui confine à la perfection, est un réel joyau du 7e art. Il aura fallu toute la passion et l’admiration de l’interprète pour ce bijou, pour parvenir à totalement disparaître au profit des images. En composant pour l’occasion une œuvre empreinte de minimalisme, dans ses formules répétitives en arpèges au piano pédale forte enfoncée ou dans ses boucles hypnotiques aux ondes martenot ou au hang (joué sur bande en l’absence de son interprète Torsten Böttcher), mais aussi de théâtralité et de dramaturgie par le recours à des motifs mélodiques qui caractérisent une scène ou un personnage comme les leitmotive chez Wagner, elle provoque chez le spectateur une empathie rare en donnant aux images un supplément d’intensité émotionnelle prompt à lui tirer des larmes. Un moment d’une grace et d’une beauté inoubliables.

Le spectacle de clôture, le 18, offrait les joies d’un classique du ciné-concert : l’incontournable film de Chaplin, La ruée vers l’or. Ce spectacle, créé pour l’occasion dans une version restaurée de 96 minutes se rapprochant du format initial -et non de la version plus courte éditée en 1942, était une occasion de rire à nouveau des facéties du personnage de charlot, soulignées avec panache et efficacité par le chef Hugo Gonzalez-Pioli qui dirigeait l’Orchestre Symphonique de l’Opéra de Toulon, toujours en verve. Une bien belle manière de clôturer cette 14e édition.

EMILIEN MOREAU
Novembre 2018

Le Festival International des musiques d’écran s’est déroulé du 9 au 18 novembre, à Toulon et dans son agglomération

Photo : Tabou © Jean-Pierre Rosenkranz