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Retour sur le fim de Daniel Díaz Torres, La pelicula de Ana, vu aux Rencontres du cinéma d'Amérique latine

Le film d’Ana

• 28 mars 2014 •
Retour sur le fim de Daniel Díaz Torres, La pelicula de Ana, vu aux Rencontres du cinéma d'Amérique latine - Zibeline

Les Rencontres du cinéma d’Amérique latine, organisées par l’ASPAS, se sont ouvertes le 28 mars au Gyptis par un double hommage, adressé par Alain Arnaudet, directeur de La Friche, à Hernan Harispe, initiateur de la manifestation, disparu récemment, et aux Chatôt-Vouyoucas qui créèrent ce lieu culturel au cœur du quartier le plus pauvre de la ville et l’animèrent au sens premier du mot pendant plus de 25 ans.
En première partie, La película de Ana de Daniel Díaz Torres, réalisateur cubain mort en 2013. La pelicula de Ana est une comédie rugueuse sur les faux-semblants. Le ressort initial en est simple. Ana, actrice d’une série télé médiocre où elle incarne une improbable princesse amérindienne en lutte contre des colons espagnols d’opérette, galère pour survivre entre une mère qui récrimine et un mari, réalisateur raté. Pour quelques dollars qui lui permettront de changer un frigo à bout de souffle, coachée par une professionnelle (Yuliet Cruz), elle va feindre d’être une prostituée de La Havane, plus vraie que vraie pour des documentaristes autrichiens. Dès lors l’engrenage du mensonge va générer des situations cocasses, révélant les vérités de chacun et de tous : l’égoïsme du mari, les clichés sur la prostitution attendus par les européens. Ana (extraordinaire Laura de la Uz) va sur-jouer, leur en donner du cas social et du misérabilisme puisque c’est ce qu’ils sont venus chercher ! Elle triche vrai, devient réalisatrice de son propre film passant de son costume de catin, robe rouge moulante et perruque blonde, à la femme ordinaire sans fard. La caméra passe de ses mains à celles de son mari, puis à celles de la prostituée-conseil. Mise en abyme subtile. Il n’y a plus un film mais trois, quatre même en comptant celui qu’on voit ! Qui regarde qui ? Que regarde-t-on ? Et au travers de quels verres déformants ? Dans le champ, les corps saisis en très gros plans jusqu’aux imperfections de la peau, les murs décrépis à la peinture écaillée comme les rêves, on glisse de la surface des choses aux fêlures de chacun. Reste le choix du cadrage. Dans la dernière séquence du film, Ana, titubant sur ses talons trop hauts, fait un doigt d’honneur à des jeunes gens en goguette qui viennent de l’interpeller. Mais aussitôt, ses deux mains se rejoignent, se lèvent devant ses yeux pour former un cadre de prise de vue. On ne pouvait trouver mieux que ce film pour ouvrir des rencontres de cinéma placées sous le thème des rêves du réel.

ELISE PADOVANI
Mars 2014

Les Rencontres du cinéma d’Amérique latine ont lieu jusqu’au 5 avril
ASPAS, Marseille
www.cinesud-aspas.org

Photo : La película de Ana de Daniel Díaz Torres © ICAIC


Cinéma Le Gyptis
136 rue Loubon
13003 Marseille
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