La Libération de Marseille à la Villa Méditerranée

Le Ferment du souvenir

• 13 août 2014 •
La Libération de Marseille à la Villa Méditerranée - Zibeline

Tandis qu’à Toulon et dans la région varoise, se célèbre du 14 au 16 août, le 70e anniversaire du débarquement en Provence avec la venue de François Hollande au Mémorial du Mont Faron, la cérémonie internationale sur le porte-avion Charles de Gaulle, la parade navale dans la rade militaire, la reconstitution d’un parachutage au Muy, tandis que les communes environnantes organisent défilés, inaugurations de plaques, dépôts de gerbes au pied des stèles et des monuments aux morts, la commémoration à Marseille se fait plutôt discrète. Un fulgurant passage de la Patrouille de France sur les plages du Prado est prévu le 17, et une proposition de la Villa Méditerranée avant sa fermeture pour travaux : Visages de la Libération.

Cette exposition (du 13 au 17 août) réalisée par le groupe Marat, association fondée par d’anciens résistants «étrangers» et par des historiens offre en accès libre, aux marseillais et touristes, 16 panneaux de photographies, deux films documentaires et deux diaporamas en boucle. L’ensemble soulignant non seulement l’importance stratégique de l’opération «Dragoon» qui permettait la remontée Alliée par la vallée du Rhône, mais rappelant aussi qu’un libérateur sur deux dans cette «Armée B», était un «indigène». Goumiers marocains, tirailleurs sénégalais, algériens, tunisiens, calédoniens, antillais, africains mais aussi pieds-noirs découvrant souvent pour la première fois cette Patrie chantée dans les écoles de la République coloniale. De tout jeunes hommes, entre 17 et 22 ans, tel le futur champion olympique Mimoun reconnu au passage sur un cliché. Pour la plupart engagés volontaires ou désignés par les Caïds, certains resteront à jamais dans les carrés militaires des cimetières français.

Le 15 août, Grégoire Georges-Picot a présenté deux de ses moyens métrages dont on regrette qu’ils ne soient pas davantage diffusés. Le premier, La Libération de Marseille de 1994, tourné en 16 mm, et remastérisé, reconstitue dans sa complexité, l’insurrection de la ville avant l’arrivée des armées alliées. Alternant le noir et blanc des archives et la couleur des témoignages recueillis 60 ans après, de résistants, de soldats des deux camps, le réalisateur essaie de comprendre quelle force a poussé ces hommes et femmes peu armés à affronter des allemands acculés mais déterminés à tenir leurs positions. Le cours d’histoire s’incarne tout en apportant des explications précieuses sur le déroulement des événements : grève générale, barricades, prise de la Préfecture, repli des Allemands sur Aubagne, offensives des Tabors, assaut de Notre Dame de la Garde, renaissance de la presse locale jusqu’au passage en douceur du pouvoir entre les Résistants et Raymond Aubrac, représentant officiel des autorités républicaines.

Le deuxième, Baroud d’honneur de 2006 devait suivre le voyage de quinze soldats marocains venus commémorer le soixantième anniversaire du débarquement et honorer leurs morts restés sur le sol provençal. De très vieux héros vêtus de djellabas sur lesquelles s’accrochent les médailles, de très vieux messieurs aux souvenirs précis, brûlants, montrant leurs photos de jeunesse. Des vétérans à qui on avait d’abord refusé le visa pour ce pèlerinage, qu’on avait pourtant invités, flattés de belles envolées sur le courage et la solidarité, sans leur accorder une pension égale à celle des combattants français. Très vite, le film montre cette autre bataille, contre l’(a)mère patrie qu’ils ont libérée. Indigène de Rachid Bouchareb, la même année, avait ému l’opinion et relancé le débat sur l’injustice faite à ces libérateurs. En 2008, les Marocains avaient gain de cause. Une victoire qui n’advenait que 64 ans après celle sur l’Allemagne nazie.

Il est parfois bon de remuer le passé et de se souvenir.

ÉLISE PADOVANI
Août 2014

Jusqu’au 17 août

www.villa-mediterranee.org