Hervé Castanet précise la position de la psychanalyse sur l'homosexualité dans son dernier livre, Homoanalysants

Le désir et la normeLu par Zibeline

Hervé Castanet précise la position de la psychanalyse sur l'homosexualité dans son dernier livre, Homoanalysants - Zibeline

Le psychanalyste Hervé Castanet vient de publier Homoanalysants, une série d’études de cas. Dans un contexte demeuré brûlant suite à l’adoption de la loi sur le mariage pour tous, il  entend préciser la position de la psychanalyse sur l’homosexualité.

Zibeline : Qu’est-ce qui est à l’origine de cette publication ?

C’est Jacques-Alain Miller qui en a trouvé le titre. Nous avons vu surgir à l’occasion du débat parlementaire des arguments que nous n’attendions pas, qui consistaient à faire appel à la psychanalyse elle-même pour expliquer qu’il fallait être contre le mariage pour tous. J’ai voulu rectifier les choses, en tant que clinicien avant tout, même si en tant que citoyen j’étais favorable à la loi.

Que dit la psychanalyse de l’homosexualité ?

Il n’y a pas de normativité chez Freud, qui est beaucoup plus subtil que la caricature qui en a souvent été faite, et chez Lacan non plus. À une époque, certains -parfois même des psys- ont dit beaucoup de bêtises, en associant homosexualité et perversion. Nous refusons cette assimilation, c’est de l’obscénité, et c’est faux cliniquement. Les patients homosexuels que je reçois ne vont ni mieux ni plus mal que d’autres, qui sont hétérosexuels.

Votre livre est une série d’études de cas, pourquoi ?

Tout d’abord, aucun n’est venu pour se débarrasser de son homosexualité, en cela ce sont bien des homosexuels du XXIe siècle. Ils sont venus poser une question sur leur désir, comme tout analysant, mais si leur choix d’objet sexuel n’est pas sans conséquences, elles ne sont pas morales, sociales, ou ségrégatives. J’ai voulu rendre hommage au travail de mes patients, qui inventent leur propre vie hors des normes. Il faut balayer ces mises en conformité qui aliènent le désir.

Pourquoi n’avoir retenu que des cas d’homosexualité masculine ?

C’est un choix. Parce que l’homosexualité féminine peut être traitée, évidemment, avec doigté, avec justesse, mais cela aurait nécessité la rédaction d’un autre livre. Qui a déjà été écrit d’ailleurs sous la forme d’un ouvrage collectif paru avant le mien. De la même manière, je n’ai pas inclus de sujet psychotique.

Vous avez rendu cet ouvrage plus accessible que bien d’autres, pour quelle raison ?

Dans cette collection, nous avons voulu sortir du vocabulaire jargonnant, sans faire l’économie des concepts (cela je ne sais pas le faire). Nous ne voulions pas mettre nos doigts graisseux sur les inventions des patients, mais expliquer quand même comment nous les rapportions à la théorie. Et puis il a une dimension politique, il devait donc être accessible, car aujourd’hui il y a un autre enjeu, c’est la question de l’adoption. Cliniquement, les enfants d’homosexuels ne vont pas plus mal que dans les familles hétérosexuelles. Ils ne vont pas mieux pour autant. Nous n’observons aucune différence.

PROPOS RECUEILLIS PAR GAËLLE CLOAREC
Février 2014

Photo : XDR

Retrouvez l’entretien complet avec Hervé Castanet sur la WebradioZibeline, en écoute et podcast sur notre site : www.journalzibeline.fr/lentretien-de-la-semaine-avec-herve-castanet/

À lire :

Homoanalysants-Des homosexuels en analyse
Hervé Castanet
Navarin/Le Champ freudien, 18,50 €

Elles ont choisi-Les homosexualités féminines
Ouvrage collectif sous la direction de Stella Harrison
Éditions Michèle, 19 €

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