Thomas Balmès explore le Bhoutan avec Sing me a Song

Le dernier Shangri-LaVu par Zibeline

Thomas Balmès explore le Bhoutan avec Sing me a Song - Zibeline

Le Bhoutan cultive depuis plusieurs décennies son taux élevé de Bonheur National Brut – le BNB étant invoqué pour contrer l’injonction aux hauts PNB. Ce royaume méconnu d’Asie du Sud, sis dans la chaîne de l’Himalaya, est notamment connu pour son sens de la préservation :  sa régulation drastique du tourisme, ou encore pour la prégnance de sa religion d’état, le bouddhisme tantrique. Mais cette enclave a eu de quoi déchanter, depuis, notamment, l’apparition tardive de la télévision et d’Internet dans ses contrées les plus reculées. Le documentaire de Thomas Balmès ne s’engouffre heureusement pas dans des clichés anti-technologies et souverainistes : il se place à la hauteur de ses protagonistes, qu’il suit sans les juger ni les contraindre. Il évite également le piège plus insidieux encore de grimer ses protagonistes en « bons sauvages » pervertis par une science étrangère. C’est en tournant Happiness en 2012 que le réalisateur avait fait la rencontre du Peyangki, un jeune moine qu’il a retrouvé huit ans plus tard. La technologie numérique s’est entretemps frayé un chemin de choix dans la vie des recrues, et les smartphones accompagnent désormais les rituels de prière, les repas, les conversations. La dévotion de Peyangki se déplace alors vers WeChat et une jolie chanteuse, qui entonne pour lui des ritournelles consolatrices, tout en se révélant tout aussi brisée que lui hors champ. Fragile, éteint, Peyangki se révèle peu à peu à la caméra sous des angles nouveaux : sous le constat amer de la fin d’une tradition et de l’avènement d’une modernité de pacotille point la possibilité d’un nouveau réel.

SUZANNE CANESSA
Septembre 2020

Sortie le 23 septembre (1h35)

Photo © Nour Films