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Yuli, la trajectoire étonnante d'un enfant de Cuba

Le danseur qui ne voulait pas danser

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Yuli, la trajectoire étonnante d'un enfant de Cuba - Zibeline

Les 9 et 10 novembre à Marseille, à l’Alhambra de Saint Henri, la 18e édition de CineHorizontes a joué un prélude avec sa traditionnelle Ventana cubana. Une fenêtre sur la richesse du cinéma cubain et sur une expérience historique qui a fasciné bien des cinéastes à l’instar d’Agnès Varda dont on a pu (re)voir Salut les Cubains. Courage d’une île, résistant aux grands méchants loups et utopie socialiste virant pour beaucoup au cauchemar.

Cette Histoire, précédée par celle, plus ancienne , de l’esclavage, on la suit en filigrane dans Yuli d’Icíar Bollaín.

La réalisatrice espagnole pour son 8e long métrage adapte No way home, autobiographie du danseur-acteur-écrivain cubain Carlos Acosta, surnommé Yuli. Né en 1973 à La Havane, dans la misère, devenu une star internationale de la danse, ayant rejoint le prestigieux Ballet de Houston et le non moins prestigieux Royal Ballet de Londres. Yuli est donc une success story, un biopic à la première personne, scénarisé par le compagnon de la réalisatrice, Paul Laverty connu pour sa longue collaboration avec Ken Loach. Le film juxtapose, superpose, croise passé et présent. Il laisse coexister l’artiste dans sa maturité, interprété par Carlos Costa lui-même, le jeune homme incarné par Kevyin Martinez, déchiré entre sa carrière et son attachement à sa famille, et le garçonnet des rues, joué ici par le craquant Edilson Manuel Olvera. La famille de Carlos est métissée. Les peaux y ont pris toutes les nuances : claires pour la mère et une de ses sœurs, aussi foncées que la sienne pour le père et l’autre sœur. On devine les fractures familiales, la mésentente du couple mixte, les humiliations de Pedro, le père – fils, petit-fils d’esclaves marqués au fer par leur nom même, celui des propriétaires de la plantation Acosta où ils travaillaient. Pedro veut la lumière et la reconnaissance pour ce fils dont le talent saute aux yeux de tous, et surtout de ceux d’une professeure du Ballet National de Cuba qui deviendra son amie et mentor. Carlos sera danseur et le meilleur, Pedro n’en démord pas quitte à lui imposer ce rêve à coups de ceinture ! Car le petit garçon est récalcitrant. La danse classique n’est pas une vocation pour lui. Il lui préfère le foot et la breakdance, craint de passer pour efféminé, ne veut pas s’éloigner de sa famille pour sa formation. Les rapports entre le fils rebelle qui sèche ses cours et le père obstiné et brutal, ne s’autorisant pas la tendresse, demeurent un axe fort du film. Carlos fait de cette relation un ballet, un corps à corps, incorpore la violence de l’histoire familiale et cubaine pour s’en libérer. Superbes scènes dansées, plus ou moins rêvées, où la puissance athlétique des danseurs étoiles crève l’écran. Avec Yuli, Iciar Bollain qui aime les portraits et les destins exceptionnels faisant un pied de nez aux routes toutes tracées, signe un film très émouvant.

ELISE PADOVANI
Novembre 2019

Photo : Copyright Denise Guerra


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