Reverse Universe rebat les frontières au Crac de Sète

Le Crac craque les codesVu par Zibeline

Reverse Universe rebat les frontières au Crac de Sète - Zibeline

La double exposition mise en espace au Crac par Marie de Brugerolle fait se rencontrer deux artistes par le biais de la ville de Sète, inspiratrice du projet Reverse Universe. D’un côté Than Hussein Clark, Américain installé à Londres, prolifique inventeur, autant en théâtre que dans les salles d’expositions ; de l’autre, Luigi Serafini, créateur du Codex Seraphinianus, édité en 1981 et devenu, au fil de ses rééditions, un objet presque légendaire.

Dans Sur terre et sur mer, on peut découvrir, parmi d’autres œuvres plus récentes et protéiformes, 20 planches originales (et quelques impressions numériques) de la fameuse encyclopédie. C’est la première fois que cet univers, qui conjugue un surréalisme débridé et un parfum suranné de cabinet de curiosités (Topor en grand inspirateur), est présenté dans un lieu d’exposition. Somme de rêveries savantes, indéchiffrables puisque l’alphabet est inventé, et pourtant totalement lisibles : un livre d’images où le savoir se niche dans l’imaginaire de chacun, libre de voyager parmi la multitude de dessins codés, poétiques, à observer de près tant les signaux sont nombreux et le trait précis. Et Sète résonne dans les nombreuses références au monde marin (thons, daurade, poisson-œil, sirène, crustacés) sculptées, numérisées, dessinées, peintes. Avec cette notion, qui traverse tout le travail de l’Italien : hybride.

Pour Clark, la relation à la ville portuaire s’est construite dans un voyage, qu’il a effectué en 2019 entre Tanger et Sète, prétexte à la production de la trentaine d’œuvres qui constituent A Little Night Music (And Reversals), présentées au Crac (coproducteur de l’exposition, avec la galerie de l’artiste). Ici aussi, le sous texte est à débusquer (grâce au guide de visite, très explicite). Des installations, tissages, collages, racontent une déconstruction ; celle des codes fantasmés et imposés par le regard occidental porté sur le Maghreb, autant par le pouvoir colonial que par les artistes qui s’y sont installés pour vivre leur propre décalage intime (Jean Genet, William Burroughs, Yves Saint-Laurent,…). C’est presque un jeu de piste, qui de salle en salle produit une étrange familiarité, qui réveille et révèle notre propre exil intérieur. Le parcours induit une remontée dans le temps, un aller-retour ambigu, et la première salle, occupée par l’imposante installation Mme Hutton ou la tulipe fanée, commence en effet par la fin : le squelette démembré de la richissime héritière désespérée qui descend d’un avion à Tanger, habillé en Balenciaga. Flamboyante décadence.

ANNA ZISMAN
Novembre 2020

jusqu’au 5 septembre 2021
Centre régional d’art contemporain, Sète
04 67 74 94 37 crac.laregion.fr

Illustration : Luigi Serafini, Planche du Codex Seraphinianus, dessins originaux, 2013

Centre Régional d’Art Contemporain
27 Quai Aspirant Herber
34200 Sète
04 67 74 94 37
crac.languedocroussillon.fr