Brillante reprise de Cendrillon au Grimaldi Forum

Le conte ou la quête de la profondeurVu par Zibeline

Brillante reprise de Cendrillon au Grimaldi Forum - Zibeline

La chorégraphie de Jean-Christophe Maillot tissée à partir du conte de Cendrillon n’a pas pris une ride depuis sa création en 1999. Laissant de côté l’opposition entre cruauté et douceur, le directeur des Ballets de Monte Carlo choisit une nouvelle lecture où sont confrontées superficialité et profondeur. La marâtre (Anna Blackwell), manipulatrice et avide, impose ses charmes au père de Cendrillon (Matèj Urban), veuf désespéré qui recherche l’être aimé dans les replis de ses souvenirs, tandis que Cendrillon (Alessandra Tognoloni) pleure la perte de sa mère. Magie de la fiction, la mère morte se réincarne en Fée (Mimoza Koike), qui, de la fluide et aérienne amoureuse, devient l’espiègle meneuse de jeu. Pas de citrouille ou d’atours princiers pour aller au bal, mais une poudre d’or recouvre les pieds de la jeune fille abandonnée devant d’impossibles tâches.

Seule à danser pieds nus dans un univers de pointes aux artifices aussi éblouissants qu’impitoyables, Cendrillon tranche. Son caractère unique au milieu du bal des vanités séduit le Prince (Francesco Mariottini), futile et bravache, qui, par la grâce de son amour inattendu pour Cendrillon, atteint une nouvelle vérité. L’ombre de la mère plane sur tout le ballet, soulignant la fragilité des choses. Dans ce monde éphémère, la beauté de l’instant est transcendée par la permanence des sentiments vrais. Le ballet, porté avec maestria par une troupe d’exception, offre une palette complexe, digne du théâtre élisabéthain, fait voisiner le sublime et le grotesque, la parodie et la féérie, joue des dissymétries dans le décor mouvant et dépouillé d’Ernest Pignon-Ernest et les costumes de Jérôme Kaplan. Les ombres chinoises des « Exotiques » apportent une parenthèse magique lors de la quête du Prince, qui recherche le pied qui l’a envoûté. Les mouvements d’ensemble, précis, élégants, les solos ébouriffants, les pas de deux aux envols défiant les lois de la pesanteur, nous entraînent en un temps suspendu aux accents de la musique de Prokofiev interprétée dans la fosse par l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, dirigé par Igor Dronov.

MARYVONNE COLOMBANI
Décembre 2020

Cendrillon a été dansé les 19 & 20 décembre au Grimaldi Forum, Monaco

Photographie : Cendrillon © Alice Blangero

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