La fille de Brest, un film de dénonciation et le portrait d'une femme intègre

Le cœur à l’ouvrage

• 2 novembre 2016 •
La fille de Brest, un film de dénonciation et le portrait d'une femme intègre - Zibeline

La fille de Brest a les yeux bleus, un accent danois et les traits de Sidse Babett Knudsen. Pour interpréter Irène Frachon, médecin pneumologue grâce à laquelle la dangerosité du Mediator a été démontrée, Emmanuelle Bercot a choisi cette actrice, célèbre Premier Ministre de la série Borgen. Une idée suggérée par Catherine Deneuve et une sacrée bonne idée ! Car cette adaptation de Mediator 150 MG, livre-choc où le docteur Frachon raconte son combat contre le puissant laboratoire Servier, le mépris des pontes parisiens pour les médecins bretons et la lâcheté du monde médical face aux puissances de l’argent, avait besoin de l’énergie vitale, de la solidité, de la simplicité lumineuse, de l’honnêteté et de l’enthousiasme juvénile que dégage cette actrice danoise. La Fille de Brest est un film de dénonciation citoyenne qui cible un large public dans la lignée de l’Erin Brockovich de Steven Soderbergh. Le projet passe donc par la vulgarisation d’un dossier complexe, le respect exigible des faits dans une procédure qui n’est toujours pas achevée et par des choix de scénario retenant l’essentiel et l’attention des spectateurs selon une triple stratégie de réalisme, d’identification et d’affects. Tourné dans le CHU de Brest, le film les plonge d’abord sans romanesque dans la réalité du bloc, du corps enflé, ouvert, découpé, des valves lésées, incarnant plus qu’illustrant les ravages du médicament-poison. Il suscite ensuite leur sympathie pour l’opiniâtre protagoniste et leur empathie avec les victimes représentées par Corinne Zaccharria ( Isabelle de Hertogh) qu’on suivra jusqu’à l’autopsie. Des victimes qui avant de se fondre dans les statistiques, sont avant tout des personnes dont Irène Frachon, dans une scène d’affrontement contre les représentants du laboratoire incriminé, lit les prénoms. Enfin, le film entretient durant 128 minutes, un suspense, contre-la-montre et rebondissements à la clé. On se surprend à attendre, angoissés, la «bombe» médiatique programmée par une journaliste du Figaro qui communiquera le chiffre hallucinant des décès dus à ce médicament. Efficace démonstration des aberrations d’un système sensé protéger les patients et que les intérêts financiers détournent. Opacité, mensonge par omission, conflit d’intérêt, les scandales sanitaires se succèdent à la Une des journaux. Dans ce film, la réalisatrice montre bien comment  on peut réagir devant une anomalie constatée, et combien il est difficile de s’engager jusqu’au bout, à l’instar de l’émouvant Antoine Le Bihan ( Benoît Magimel) sanctionné pour avoir aidé avec toute son équipe, à étayer scientifiquement l’intuition du  docteur Frachon.

Il y a ceux qui ne savent pas, ceux qui ne veulent pas savoir, ceux qui savent sans rien faire et puis il y a des Irènes capables de soulever des montagnes pour faire triompher droit et justice. Des lanceurs d’alerte  qu’il faut protéger comme une minorité précieuse. Emmanuelle Bercot fait ici la part belle aux femmes, de celle par laquelle le scandale est dévoilé à la thésarde en pharmacie qui choisit à ses risques et périls ( les labos seront ses interlocuteurs futurs) d’étudier le rôle du benfluorex sur les valvulopathies, de la journaliste qui orchestre le scoop à la patiente condamnée qui accepte d’affronter un procès. Même côté Servier, on a une femme cynique et combative. Si tant est que le courage se loge à cet endroit, ce sont elles qui ont les c… Des guerrières en somme comme la réalisatrice, qui voudrait dans un film prochain en parler justement de la guerre. On attend.   

Le film projeté en avant première le 2 novembre au cinéma Le Renoir à Aix-en-Provence sortira en salles le 23 novembre 2016.

ELISE PADOVANI
Novembre 2016

Photo : Copyright Jean-Claude Lother / 2016 Haut et Court / France 2 Cinéma


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