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Le sorelle Macaluso d’Emma Dante, ronde de vie et de mort

Le clan des Siciliennes

Le sorelle Macaluso d’Emma Dante, ronde de vie et de mort - Zibeline

Sept corps débarquent sur scène. Tous différents. Unis pourtant par un costume pantalon veste stricte et sombre. Dans le rythme des pas aussi, et leur façon de faire groupe. Et voilà que les sept femmes se mettent à vociférer, à siffler avec les doigts, à hurler de rire, en ligne, face public. Elles se dessapent, apparaissent alors mieux encore les chairs, les os, sous des robes aux couleurs criardes. Débordement de vie.

La langue chante aux oreilles, Palerme, l’Italie du sud débarquent avec Le sorelle Macaluso d’Emma Dante. Elles se souviennent, elles raniment des scènes d’enfance. Les voix de petite fille resurgissent, les bêtises de la fratrie les font encore autant rire. Certaines sont meilleures pour imiter la colère du père qui surgit dans la chambre des sept sœurs. On le moque, on l’adore, on s’engueule avec passion. Toujours en ligne, et dans l’ordre : « Reviens à ta place ! », intime Katia à Maria. Demain, elles verront la mer pour la première fois. Le dispositif simplissime (plateau nu, cinq boucliers d’argent, épées, crucifix au devant de la scène, un point c’est tout) offre la part du lion au jeu des comédiennes. Les yeux s’écarquillent, la mer est là, et c’est si beau ! « C’est comme si elle nous attendait ! » Tout le monde en maillot ! On exulte avec elles. Le père n’est pas là, pas même dans le souvenir. Juste le plaisir sensuel d’entrer dans l’eau.

Et parce que c’est tellement vivant et vrai, la mort s’invite. Encore et encore. La ronde ne s’arrête pas pour autant. On ravive les mêmes scènes, les morts s’intègrent dans le cercle du temps qui passe, le père apparaît, il s’imite lui-même, il joue sa propre colère, on règle les comptes, la misère donne le tempo, le couple parental se retrouve, s’étreint, éternellement amoureux. Les épisodes reviennent comme des refrains, nourrissent le groupe qui se resserre autour des souvenirs, convoqués pour mieux englober les disparus. Ça palpite toujours autant, dans un magnifique présent omnitemporel. Au fait, pourquoi les sœurs se sont-elles réunies aujourd’hui ? La boucle n’a pas fini de redessiner le cercle familial.

ANNA ZISMAN
Novembre 2018

Le sorelle Macaluso, créé en 2014, a été joué les 9 et 10 novembre au Théâtre des 13 vents, Montpellier

Photo : Le sorelle Macaluso © Carmine Maringola