Je suis Carmen scelle à la Biac 2021 l’union improbable entre les arts lyrique et du cirque

Le cirque est enfant de BohèmeVu par Zibeline

Je suis Carmen scelle à la Biac 2021 l’union improbable entre les arts lyrique et du cirque - Zibeline

Je suis Carmen, nouvelle création de la compagnie marseillaise Attention Fragile, fut l’une des belles surprises de cette édition de la Biac, privée de grand public.

Je suis Carmen est le deuxième volet du diptyque que Gilles Cailleau consacre à l’héroïne gitane d’Andalousie. En 2020, le metteur en scène de la compagnie marseillaise Attention Fragile s’était associé au compositeur Raoul Lay, directeur de l’Ensemble Télémaque, pour créer une adaptation de l’œuvre de Bizet, sous le titre Carmen, opéra déplacé. Pour ce volet circassien et intimiste, Cailleau nous ouvre sa tente berbère dans laquelle il a installé un mât chinois. Un mât dont il n’avait pas imaginé qu’il obligerait les seize spectateurs -distanciation oblige- exclusivement professionnels de porter, en plus du masque de rigueur, une visière en plastique afin de se protéger d’éventuelles projections de gouttes de transpiration. Ambiance Covid. Sur le minuscule espace scénique, Amanda Righetti, circassienne et Sophie Chabert, soprano, revisitent les parcours des personnages de l’opéra dont le disque tournait en boucle chez leur grand-mère commune fictive. Des allers-retours entre leurs propres vies de cousines, que des clivages politiques ont éloigné, et celles du brigadier Don José, de sa promise Micaëla, du torero Escamillo et de la mythique cigarière à laquelle toutes deux s’identifient. Entre un numéro de couteaux, un en équilibre sur des bouteilles de bière et un autre de magie, Je suis Carmen scelle l’union improbable de l’art lyrique et du cirque dans ce qu’ils détiennent l’un et l’autre de part de risque, de pétulance et de sincérité. À côté des airs originaux tels que L’amour est un oiseau rebelle et Tra La La La, déboule Viva la quinta brigada et son célèbre refrain Ay Carmela sur la guerre civile espagnole. Car il n’y a qu’un désir qui guide Carmen, celui de liberté et de dignité, quel qu’en soit le prix.

LUDOVIC TOMAS
Février 2021

 Je suis Carmen a été présenté le 3 février, dans la cadre de la Biac, au Théâtre du Centaure, à Marseille.

Photo : Cie Attention Fragile © Charlotte Parmentier