Le Cinéma s'expose au Château de la Buzine à Marseille jusqu'au 30 juin

Le Cinéma s’expose (mal) à la BuzineVu par Zibeline

Le Cinéma s'expose au Château de la Buzine à Marseille jusqu'au 30 juin - Zibeline

Des caméras uniques en leur genre entassées dans une salle-couloir, des affiches les unes sur les autres, du matériel précieux en hauteur grâce à des cartons ornés de tissus colorés… Le tout ressemble davantage à une brocante qu’à une exposition, au grand dam de François et Hervé Loubeau, organisateurs du Cinéma s’expose, qui déplorent leurs conditions d’accueil au Château de la Buzine. L’adjointe au maire déléguée au cinéma, Éliane Zayan, ne cache pas sa colère. Originellement prévue dans la grande salle du rez-de-chaussée, entièrement rénovée et vide de surcroit, la collection cinématographique des frères Loubeau a été délogée, arbitrairement semble-t-il, au dernier étage du Château. Une «salle multimédia» peu apte à recevoir expositions et visiteurs. La venue des scolaires et les projections de films et documentaires sur l’invention du cinéma prévues sont donc compromises, au grand regret de la directrice de l’établissement Christine Fillette, instauratrice de cet évènement exceptionnel à la Buzine. Parce qu’en effet, «le cinéma s’expose» n’en est pas à son coup d’essai. L’association qui détient une immense collection de plus de 8 000 appareils et 80 000 titres, a déjà effectué près de 400 expositions en France. De ville en ville, l’exposition cumule les visiteurs et les succès puisque comme le dit François Loubeau «le cinéma intéresse tout le monde, je n’ai jamais rencontré une personne qui n’aime pas ça !».

Malgré tout, le public pourra apercevoir la caméra utilisée lors du tournage du film Les tontons flingueurs, celle de Charlie Chaplin ou encore l’une des premières télévisions au monde : le phénakistiscope, mise au point en 1832 par le Belge Joseph Plateau. Lanternes magiques, zootropes, lampascopes, praxinoscopes… et autres appareils sont ainsi réunis pour un voyage historique vers le temps des pionniers. Somme toute, une exposition passionnante et de qualité, à voir… dans un autre lieu, qui lui octroiera l’espace et l’ampleur mérités ?

MANON MATHIEU
Mai 2013

Jusqu’au 30 juin
Château de la Buzine, Marseille
04 91 45 27 60
www.labuzine.com

Lire aussi : https://www.journalzibeline.fr//du-rififi-a-la-buzine/ et les articles parus dans le n° 43 de Zibeline ci-dessous : un retour sur l’inauguration de la Cité du Cinéma par Frédéric Mitterrand, et les interviews du Directeur du Château, Serge Necker, et du Président de la cinémathèque et de la délégation de service public, Daniel Armogathe.

Le Château de mémé

C’est en grande pompe que la Cité du Cinéma a été inaugurée le 17 juin : le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, était là, venu assister à la première du Cid le soir même, et affirmer son soutien à cette ville où vivait sa grand-mère, et pour laquelle il éprouve un attachement particulier. Un discours émotionnel un peu creux qui, malgré les marques d’amitiés véritablement émues échangées avec Jean-Claude Gaudin, ne saurait faire oublier le peu d’investissement de l’État à Marseille, hors les grands travaux de construction de ces dernières années, dans les Musées, l’Opéra, et le fonctionnement des compagnies installées dans la cité dite phocéenne. En effet, si le Maire de Marseille prit le temps de remercier le ministre pour son implication dans les grands travaux de 2013, en particulier ceux du MuCEM, le Château de la Buzine est un investissement de la Ville seule, comme bon nombre d’équipements ou de restaurations. C’est souvent avec la Région et le Département, et en dépit du concours défaillant de l’État, que la vie culturelle marseillaise s’impose dans son bouillonnement. Ce que M. Gaudin souligna à sa façon si désarmante : «Si Marseille a obtenu le titre de Capitale Culturelle, ça n’est pas par l’opération du Saint Esprit. Même si chacun sait que je n’ai rien contre…»

Après ces deux discours politiques, difficile de savoir ce qu’il en serait du Château de ma mère ! Le cadre est magnifique, accueillant jusque dans ses jardins, ouvrant sur des points de vue exceptionnels sur les collines tant aimées de Pagnol. L’exposition permanente, attractive, devrait concourir à attirer dans ce lieu célèbre les touristes qui, avant la restauration déjà, étaient nombreux à visiter les ruines, essentiellement au départ d’Aubagne.

Mais l’ambition culturelle du lieu est pour lors mal définie : la collection Pagnol n’a pas pu être acquise par la Ville, les projections de la Cinémathèque n’iront pas s’exiler dans ce lieu trop loin du centre-ville pour son public. Que projettera la magnifique salle de cinéma ? Quelles expositions temporaires dans cet espace si propice ? Seront-elles tournées vers un cinéma d’auteur international, comme le titre de Maison des Cinématographies de la Méditerranée le prévoit, ou centrées sur une image touristique de Marseille, comme la programmation Pagnol de cet été semble le préfigurer ?

L’exposition de 50 portraits d’acteurs de Roger Corbeau, photographe de plateau, veut concilier les deux ambitions : partant d’Orane Demazis dans le cinéma de Pagnol des années 30, ses portraits redessine le parcours du cinéma français jusque dans les années 80, en suivant Gabin, Jean Marais, Arletty ou Simone Signoret avec l’œil expert de ceux qui savent capter la lumière propre à chaque acteur.

Une ambition muséale de conservation et exposition du patrimoine tout à fait logique, puisque la délégation de service public est allouée à la cinémathèque, mais qui rencontrera, on l’espère, le désir de soutenir et promouvoir le cinéma d’aujourd’hui, ceux d’ailleurs, et les festivals du territoire : il serait dommage que les 11,4M€ dépensés pour la magnifique restauration du Château (architecte André Stern) se contentent de conforter les ambitions touristiques de la ville, sans penser à ses nourritures culturelles.

AGNÈS FRESCHEL
Juillet 2011

Résolument optimistes

Nous avons rencontré le Directeur du Château, Serge Necker, et le Président de la cinémathèque et de la délégation de service public, Daniel Armogathe, pour connaître leurs projets et leur programmation. Ils ont choisi de nous répondre séparément !

Zibeline : Comment conduirez-vous cette Maison des Cinématographies de la Méditerranée ?

Serge Necker : J’ai travaillé avec Daniel sur le projet en tant que conseiller technique et culturel, et en juillet 2010 il m’a proposé la direction. J’ai une équipe d’une douzaine de personnes. La mairie me donne une subvention pour les objectifs de service public, soit 1/3 du budget prévisionnel. À moi de trouver le reste.

Comment ?

Nous allons louer les espaces aux entreprises, aux associations, pour leurs manifestations, leurs colloques… La Buzine ne sera pas un Palais des Congrès : c’est avant tout un lieu culturel, mais si nous voulons proposer des expositions intéressantes, des projections avec des invités, il nous faut trouver les fonds, tout cela coûte cher ! Il y a aussi un aspect touristique : plus de 40 000 personnes venaient chaque année visiter les ruines du Château de ma mère. C’est pour cela que nous proposons, par exemple une exposition permanente ludique avec une scénographie qui peut plaire au grand public.

Travaillerez-vous avec les scolaires ?

Les lieux ont été conçus pour accueillir des groupes d’élèves en collaboration avec leurs enseignants.

La programmation tournera-t-elle toujours autour de Pagnol ?

Vous avez pu voir le programme Un été à la Buzine. On a commencé avec des films variés comme Marie-Jo et ses deux amours. En juillet et août, l’hommage à Pagnol, avec une projection tous les mardis, à 16h et à 19h, nous semblait naturel. Du 28 juin au 28 sept, il ne faut pas rater l’expo des clichés du grand photographe de plateau Roger Corbeau.

Et à la rentrée ?

Nous avons des pistes. Nous allons établir des partenariats au coup par coup ou au coût par coût (rires) avec des festivals. Il est primordial de les rencontrer tous. On a déjà  pris des contacts avec le FID, Ciné mémoire, Cinémed de Montpellier, Horizontes del Sur, Aflam. Nous avons la volonté de nous intégrer à ce qui existe déjà.

Et la Cinémathèque de Marseille ? Les projections du mardi soir auront-elles lieu ici ?

Non ! Elles vont continuer au CRDP.

Pourquoi ?

Vous demanderez à son directeur.

La salle n’est pas équipée en numérique, alors que seulement 33% des films sont tournés en 35mm aujourd’hui ; n’est-ce pas un handicap ?

Quand le projet a été conçu, c’était les débuts du numérique ; cela évolue très vite. Mais ce n’est pas un handicap car les films du patrimoine sont en copie 16 et 35. Et pour les films actuels, on équipera plus tard, quand on aura le label CNC.

L’éloignement du centre et le manque de transports en commun dans le quartier ne vous semblent-ils pas un obstacle ?

Les choses évolueront avec la demande. Je suis résolument optimiste.

Départ de Serge Necker et arrivée de Daniel Armogathe…

Zibeline : Quel est votre rôle ici ?

Daniel Armogathe : Je suis président de la Délégation de Service Public et conseiller culturel. Je fais partie du groupe de programmation avec d’autres membres de la Cinémathèque.

La cinémathèque ne fera pas ses projections hebdomadaires dans cette salle de projection ; pourquoi ?

Pour nous, il est important de garder un écran en centre-ville, dans un lieu gratuit. Notre public, hebdomadaire, entre 60 et 80 personnes, jusqu’à 120 pour les cinéconcerts, y est habitué. De plus La Buzine est très mal desservie : les derniers bus sont à 18h30 ! Impossible de venir le soir si on n’a pas de voiture ! Il y aura des projections communes et d’autres différentes. Ainsi les deux structures indépendantes devront se concerter pour le projet autour de la mer au cinéma.

Quels autres thèmes aborderez-vous ?

Deux ou trois fois par an, nous allons proposer des cartes blanches aux cinématographies de la Méditerranée : par exemple, des films égyptiens avec AFLAM. Il est important d’établir des collaborations internationales : en 2012, Marseille-Hambourg, made in Marseille, des films sur la ville de Hambourg, jumelée avec Marseille ; en 2013, un déplacement à Hambourg et un colloque sur les deux villes-ports en miroir. Plus proche, fin octobre, un premier cycle de cinéma ukrainien, un hommage à Fernandel, des expositions… Je vais vous montrer les salles où vont être classées, pour y être conservées dans les meilleures conditions possibles, toutes les copies de films que la Cinémathèque a apportées ainsi que les salles de travail avec des livres et des revues sur le cinéma.

Pour les étudiants et les chercheurs ?

Pas uniquement ! Pour tous les amateurs de cinéma : ils y trouveront revues ou livres rares… D’abord, il nous faut tout classer et inventorier : un gros travail, mais passionnant ! On y va ?

Propos recueillis par ANNIE GAVA et ELISE PADOVANI
Juillet 2011

 

Château de la Buzine
56 Traverse de la Buzine
13011 Marseille
04 91 45 27 60
http://labuzine.com/