Antoine de Baecque publie un deuxième tome de son Histoire-Caméra chez Gallimard

Le cinéma est-il mortel ?Lu par Zibeline

Antoine de Baecque publie un deuxième tome de son Histoire-Caméra chez Gallimard - Zibeline

Dix ans après la publication de L’Histoire-caméra, consacré au rapport entre cinéma et histoire, Antoine de Baecque, historien de formation, cinéphile et critique érudit, s’interroge dans ce second opus sur le rapport qu’entretient cet art avec la mort comme représentation mais peut-être surtout comme ferment fondamental de ses créations. Le cinéma se défait, se détruit à la manière des vingt premières années de son histoire, qui furent marquées par la disparition souvent volontaire de la plupart des films. Et il se régénère pourtant. L’auteur suit un cheminement chronologique avec comme point de départ la naissance du cinéma à la Belle Époque, alors divertissement de foire populaire avant de « s’installer »  ans une salle. Le cinéma avance ainsi toujours selon une modalité de la « conversion » progressive, celle du muet au parlant (Le chanteur de jazz en 1927 réunit ces deux modes), de la pellicule et du 35 mm à l’âge numérique, de la projection en salle à la projection domestique par temps de Covid-19, par le biais notamment  des plateformes.

L’enquête savante et passionnante d’Antoine de Baecque montre également combien le cinéma est impliqué par la représentation des hécatombes. Le cinéma a quelque chose à voir avec un monde de fantômes. Celui de la guerre et des hommes où filmer la mort à l’œuvre sur les champs de bataille comme dans le film d’Abel Gance, J’accuse, fait sens.  Mais c’est bien sûr, le débat sur l’impossibilité de « reconstruire » la Shoah à la manière d’un Spielberg, et plus particulièrement l’extermination dans les chambres à gaz, qui permet de mesurer les enjeux de cette limite posée par Claude Lanzmann, Jean-Luc Godard et plus récemment  par le  jeune réalisateur hongrois László Nemes.

Antoine de Baecque en critique de la Nouvelle Vague, s’arrête longuement sur le travail de Godard qui n’a eu de cesse d’envisager la Mort-du-cinéma,à travers l’évolution permanente de ses dispositifs techniques et filmiques, introduisant dès 1980, dans Sauve qui peut la vie, une empreinte numérique. Alors, que vive encore longtemps le cinéma !

MARIE DU CREST
Juillet 2021

Le cinéma est mort, vive le cinéma !  L’histoire-caméra II
Antoine de Baecque

Collection Bibliothèque illustrée des Histoires, Gallimard, 28 €.