Maryline Alligier publie ses entretiens avec Emmanuel Mouret, aux Éditions Rouge profond

Le cinéma, cet objet du désirLu par Zibeline

Maryline Alligier publie ses entretiens avec Emmanuel Mouret, aux Éditions Rouge profond - Zibeline

Les éditions Rouge Profond dirigées par Guy Astic constituent au fil des parutions une bibliothèque idéale du cinéma où les regards des cinéastes et des auteurs, des critiques, des passionnés, se croisent et nous donnent à relire les œuvres du septième art avec une nouvelle acuité. En modèle du genre, Emmanuel Mouret, Entretiens d’un rêveur en cinéaste, de Maryline Alligier, rassemble une série de conversations réparties en six grandes thématiques qui, entre injonctions et interrogations, dessinent un art de la légèreté et de la profondeur : « Désirez ! », « Une forme et de l’allure ! », « Sans rien en lui qui pèse ou qui pose », « De la musique avant toute chose », « C’est quoi aimer ? », « Éthique ». Les structures s’ébauchent, jouent d’échos et de lignes en épure, font confiance aux récits, aux personnages, aux spectateurs, se nourrissent de références cinématographiques, Lubitsch, Becker, Rohmer, Guitry, Sirk, littéraires, Proust, Diderot (celui si libre de Jacques le fataliste), Paul Valéry, philosophiques, Montaigne, Spinoza, Deleuze, picturales, Jean Dubuffet, et « sa façon de réinterroger le geste dans la pratique et son honnêteté intellectuelle ».

Le cinéaste, plus que de théoriser son art (dont il a donné nombre de définitions) confie : « il m’importe plus de déboulonner les idées reçues que de fixer des choses. Je vois ça plutôt comme une série d’injonctions qui excitent mon désir de création ». Choisir «  le chemin le plus court », rechercher dans « un style classique et transparent » « une certaine forme d’inactualité », faire se rencontrer les mots et leur incarnation… S’élabore ainsi une empathie pour la fragilité de l’âme humaine, « cette nature capricieuse qui coule dans nos veines » : « j’ai plus d’affection pour les petits cours d’eau que pour les grands fleuves ». Le désir devient le fondement d’une esthétique où les corps, dans l’innocence de leurs pulsions, éprouvent « l’élasticité du cœur ». L’indispensable altérité, aisée à déterminer lorsque l’on est deux, est portée par le troisième face au couple. « On naît dans la relation » insiste Emmanuel Mouret qui accorde à ses personnages une liberté dépourvue de préjugés. « La forme ne dit pas, elle modèle notre désir », notre monde s’esthétise grâce aux arts. Celui d’Emmanuel Mouret en est une démonstration sensible dans sa poétique des vertiges.

MARYVONNE COLOMBANI
Février 2021

Emmanuel Mouret, Entretiens d’un rêveur cinéaste
Maryline Alligier
éditions Rouge profond, 18 €