Projection au MuCEM du film catalan C'est ici que je vis de Marc Recha, belle fable d’apprentissage

Le cinéaste et son doubleVu par Zibeline

• 14 mars 2015 •
Projection au MuCEM du film catalan C'est ici que je vis de Marc Recha, belle fable d’apprentissage - Zibeline

Inaugurant le second cycle de films proposés par CINEPAGE en collaboration avec le MuCEM, sur les minorités nationales et linguistiques, C’est ici que je vis du réalisateur catalan Marc Recha a été projeté le 14 mars devant un public de fidèles. Le cinéma de Recha, bien qu’en langue minoritaire a fait son chemin dans le 7ème art, reconnu par la critique et diffusé dans les festivals internationaux. Le film sorti en 2008, met en scène Arnau un jeune garçon de 17 ans aux baskets trouées, taiseux, solitaire, passionné d’oiseaux. Son chardonneret-vedette rafle les premiers prix des concours par ses roucoulades vertigineuses. Arnau ( Marc Soto) travaille pour aider sa sœur Sole (Eulalia Ramon) avec laquelle il vit dans une banlieue déshéritée de Barcelone. Le père est absent. La mère en prison, on ne saura pas pourquoi. Il voudrait bien engager un avocat pour l’en sortir mais l’argent est rare. Vendre son oiseau champion ? Jouer aux courses de lévriers comme son oncle ?( Sergi López) Le scénario devient quelque peu prévisible quand le jeune homme trop doux, trop naïf, trop malchanceux, introduit dans sa cabane aux cages, un renard sauvé des eaux qu’il soigne et nourrit.

Mais l’essentiel n’est pas là, pas plus qu’il n’est dans le caractère social de cette histoire. Tout semble affaire de paysages pour Recha, de géographie intime des émotions. Et si le scénario présente certaines similitudes avec celui du Kes de Ken Loach on est loin du regard critique du cinéaste anglais. Il y a dans ce film une tension poétique entre le sauvage et le domestiqué, le centre et la périphérie, la liberté et la contrainte, la douceur et la violence. Le quartier de Valbona en pleine mutation urbaine, aux confins de la capitale catalane, entre autoroutes, voies ferrées, terrains vagues laissés aux herbes folles au-dessus desquelles oscillent de grosses têtes carnavalesques les jours de championnat, est le cadre idéal pour exprimer cette tension. Les plans se barrent de verticales : grilles des cages, barreaux de prisons, pylônes électriques, immeuble du centre-ville s’opposant à la grande horizontale de la rivière.

Marc Recha, présent à cette projection a déclaré qu’il avait compris après coup que ce jeune homme contemplatif, innocent, hypersensible, capable d’une explosion de violence inouïe, lui ressemblait beaucoup. Le cinéma remplissant pour lui le même rôle que les oiseaux pour Arnau. Une belle fable d’apprentissage et un auto-portrait d’artiste.

ÉLISE PADOVANI
Mars 2015

Photo :  Ad Vitam

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