Rencontres Films Femmes Méditerranée 2012

Le choix des damesVu par Zibeline

Rencontres Films Femmes Méditerranée 2012 - Zibeline

Les Rencontres Films Femmes Méditerranée se sont ouvertes le 25 sept au cinéma Le Prado sur des airs andalous, clin d’oeil du quatuor Syrah à un territoire d’ombres et de lumière. Un creuset de mythes fondateurs, de conflits ancestraux et nouveaux, dont les femmes de cinéma plus ou moins directement nous parlent aujourd’hui. Héritage, premier long-métrage de la comédienne Hiam Habass, bien que cinématographiquement peu abouti, a introduit les grands thèmes de la programmation, nous entraînant dans un Liban en guerre où, encombrés du lourd héritage des pères, ni hommes ni femmes ne trouvent plus leur comptant de bonheur. Herzia Hafsia toute petite devant une salle comble a présenté ce film dans lequel elle incarne avec force, une fois encore, une fille rétive aux jougs religieux et sexistes. Belle et rebelle comme la Stella (Mélina Mercouri) de Michael Cacoyannis, trop libre pour cette Grèce des années 50 que la soirée de clôture à l’Alhambra, nous a permis de retrouver. Rebelle comme la Rahima (impeccable Marija Pikic) du haletant Djeca. Cheveux voilés, corps effacé, visage à nu, rage rentrée d’ancienne punkette affleurant à chaque injustice subie, cette orpheline de guerre est prête à tout pour reconstituer le foyer perdu et protéger son jeune frère. La caméra virtuose d’Aida Begic suit au plus près ses déplacements incessants dans un Sarajevo à la dérive où perdurent violence, corruption et traumatismes.

Style bien différent mais tout aussi efficace pour le drame tourné près de la Mer Noire par Belma Bas : Zéphir, délicat portrait d’une adolescente abandonnée à ses grands parents par une mère qui ne revient que pour mieux repartir et dont les sentiments lentement sédimentent avant d’exploser. Les plans osent l’immobilité, s’élargissent sur l’immensité d’une montagne somptueuse ou grossissent jusqu’à l’abstraction le grain des matières. Essentiel aussi est l’espace dans le superbe film de Çağla Zencirci et Guillaume Giovanetti, Noor, road movie «soufiste» inclassable, sans acteur professionnel, tout à la fois fiction et documentaire. On y suit l’itinéraire d’un khusra, danseur pakistanais transgenre en quête du lac magique où des fées exauceraient son voeu de virilité et d’amour. Un voyage qui fait, plus qu’il ne se fait, au gré des rêves, transes, souvenirs, rencontres, au son d’un rabâb afghan joué par le malicieux Abaji dont le concert a précédé la projection. Le miroir stendhalien se promène ici en truck bariolé tintinnabulant sur les routes poussiéreuses du Pakistan.

Parmi les 13 courts-métrages en compétition, ont été retenus deux films dans lesquels histoire familiale et politique interfèrent. Prix du jury pour Dad Lenin and Freddy de la réalisatrice grecque Rinio Dragasaki où une fillette trop attachée à un père communiste souvent absent, mêle dans ses rêves mythes américain et soviétique. Prix «Coup de cœur» pour J’ai habité l’absence deux fois de l’algérienne Drifa Mezenner qui fêle le silence de ses parents meurtris par la guerre civile de 90 et l’exil de leur fils. Le public, quant à lui, a plébiscité à égalité de suffrages, Apele tac de la roumaine Anca Miruna Lazarescu  et Uniformadas de l’espagnole Irène Zoe Alameda.

Avec  34 films représentant 15 pays méditerranéens, 18 invité(e)s, des partenariats plus nombreux, les Rencontres s’étoffent, touchant un public de plus en plus large. S’il n’ y a pas de spécificité esthétique du cinéma féminin, la revendication politique de la place des femmes dans les sociétés méditerranéennes, l’affirmation de leur engagement, de leur courage et de leur talent sont plus que jamais nécessaires. Elles ont trouvé dans cette édition leur juste expression.

ÉLISE PADOVANI
Octobre 2012