Critique: La femme au colt 45 rééditée en poche
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La femme au colt 45 rééditée en poche

Le choix de Lora

La femme au colt 45 rééditée en poche - Zibeline

Un petit roman au format poche (sorti intialement en 2016) qui ne paie pas de mine mais qui est un grand roman. Celui d’une reconstruction. Sans fioritures, sans développements exubérants. Tout en simplicité, phrases courtes, souvent lapidaires. Lora, belle femme de 50 ans, commence sa nouvelle vie en haut d’une falaise, à la frontière entre un pays (il s’appelle l’Azirie) en guerre et celui où elle veut se réfugier (la Santarie). Partie « pour (se) sauver ». Son mari a été arrêté, son fils, clandestin, se cache. Le régime totalitaire de leur pays a fermé le théâtre où ils étaient metteur en scène et comédienne vedette. Un passeur la dépose sur l’autre rive du fleuve. Elle serre dans sa poche son « ange gardien », le colt qui lui vient de son père ; les quelques balles qui restent pourraient lui servir. Étrangère sans visa, elle doit se méfier de tout. Le récit se déroule en petits chapitres titrés, marquant chacun une étape nouvelle du parcours de Lora dans ce pays qui n’est plus du tout sûr comme on le croit de l’autre côté de la frontière. Elle trouve d’abord un boulot peu payé de serveuse dans un camion pizza, puis s’occupe du stock d’une librairie dont le propriétaire est mort, se lie d’amitié avec une ancienne cantatrice, est protégée par son nouvel employeur qui devient son amant, mais finalement accepte de faire des ateliers théâtre pour une association qui s’occupe de réfugiés. Le refuge se trouve sur une île, elle y fait de nouvelles rencontres. Elle finira par faire le choix de rester et d’y vivre sa vie, libre. Marie Redonnet offre ici un récit dépouillé qui s’apparente à une écriture théâtrale, en ce sens qu’il y a peu de développements narratifs et que l’essentiel de l’écrit consiste dans les paroles dites par Lora. Elle se parle, elle résume les événements, commente les incidents de son aventure, analyse les réactions des gens qu’elle rencontre pour trouver sa voie. Sa reconstruction peut se lire comme le renouement réussi de l’auteure avec l’écriture qu’elle avait délaissée depuis une dizaine d’années.

CHRIS BOURGUE
Avril 2018

Ce livre fait partie de la sélection pour le Prix littéraire des lycéens et des apprentis de la région PACA

La femme au colt 45 Marie Redonnet
Le Tripode poche, 9 €