« Une vie abîmée peut être l'écho d'un paysage abîmé ». Jean-Marc Besse lance le nouveau cycle d'Opera Mundi

« Le chemin se fait en marchant »*Vu par Zibeline

« Une vie abîmée peut être l'écho d'un paysage abîmé ». Jean-Marc Besse lance le nouveau cycle d'Opera Mundi - Zibeline

Penser à partir du paysage, le nouveau cycle de conférences d’Opera Mundi s’est ouvert le 12 novembre au Frac Paca, sur une carte blanche offerte au philosophe Jean-Marc Besse (EHESS). Pour commencer, il a présenté la revue Les Carnets du paysage*, et notamment son dernier numéro, le trente-neuvième, consacré au thème de La Marche, en compagnie de son confrère Guillaume Monsaingeon. « Il y a vingt ans, précisait ce dernier, c’était un sujet hardi. Aujourd’hui on peut se permettre de perdre en cohérence ce que l’on va gagner dans l’inattendu ». Les deux hommes partagent un goût pour la cartographie, l’un des multiples angles sous lesquels aborder les « différentes postures marchantes », en effet devenues fort à la mode dans les milieux artistiques et intellectuels. On ne compte plus les formats ambulatoires proposés à un public friand de cheminements en espace urbain ou rural, conférences péripatéticiennes ou balades botaniques. Ce que suggère Jean-Marc Besse, au-delà de l’exploration visuelle d’un paysage, est d’ouvrir nos autres sens à son appréhension, pour en sentir les mouvements de l’air, les sonorités, les odeurs. Une façon de mieux en percevoir, aussi, les blessures. « Il nous étreint de manière politique et sanitaire », insiste-t-il. « Une vie abîmée peut être l’écho, au moins partiellement, d’un paysage abîmé ». La pollution qui se dégage d’une autoroute, les nuisances de l’agriculture industrielle, le bruit d’une grande métropole imprègnent nos existences, dans lesquelles manquent trop souvent la beauté des choses qui poussent sans la main de l’homme. Ceux qui vivent dans les zones affectées par le chaos climatique, la montée des eaux, les méga-feux, en subissent de dévastateurs effets psychiques : leur environnement familier était porteur de sens, à travers le langage, les usages. Sans la glace, que deviendront les mots en Inuit qui s’y réfèrent ?

GAËLLE CLOAREC
Novembre 2021

* Vers du poète Antonio Machado
** Co-éditée par l’École nationale supérieure de paysage de Versailles-Marseille et Actes Sud

Conférence inaugurale donnée le 12 novembre au Frac Paca, Marseille, dans le cadre du cycle Penser à partir du paysage. Le lendemain, Jean-Marc Besse réunissait l’architecte et urbaniste Paola Viganò, l’historienne de la littérature et essayiste Marielle Macé et la philosophe Joëlle Zask.

Photo : Jean-Marc Besse (c) X-D.R