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Relecture artistique de la forteresse de Tarascon, avec Pascal Monteil et Christian Lacroix

Le Château et la Tarasque

• 16 avril 2017⇒31 décembre 2017 •
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Relecture artistique de la forteresse de Tarascon, avec Pascal Monteil et Christian Lacroix - Zibeline

La carte blanche à Christian Lacroix Regards d’artistes sur le Château et l’exposition Je ne reconnais plus le soleil de Pascal Monteil sont une invitation à une relecture de la forteresse de Tarascon par le prisme d’œuvres liées à l’esprit du lieu, son histoire, ses résidents, son architecture et sa lumière. Figure centrale de cette double proposition, avec la Tarasque, le Château est prétexte à diverses évocations entremêlées sur trois niveaux habillés de tapis réalisés d’après des dessins de Christian Lacroix. Avec, pour fil rouge, les photographies patrimoniales d’Hervé Hôte, habile à traquer les détails sculptés, les bas-reliefs dissimulés, les graffitis datant de l’époque où la résidence des Ducs d’Anjou était pour partie aménagée en cachots. Bernard Pourrière n’a pas oublié cette destinée funeste dans son installation Grande Chambre qui évoque les voix des prisonniers dans un enregistrement de pépiements d’oiseaux. Métaphore sonore dont l’apparente légèreté est contrebalancée par une vitrine d’objets découverts lors du nettoyage des cellules : bandelettes de tissus effilochés, semelles… L’association Artesens transforme le Salon du Roi en salle capitulaire avec neuf pupitres en bois et des bas-reliefs tactiles permettant à tous de comprendre la signification des légendes. Celle de la Tarasque, justement, qui a inspiré à Christian Lacroix un dessin reproduit sous deux formes jumelles antagonistes : l’une où l’effroi le dispute à la sauvagerie (tapisserie produite par l’atelier François Samouiller à Aubusson), l’autre où la rondeur joufflue de l’animal pourrait le laisser croire inoffensif (sculpture en osier réalisée par Daniel Benibghi, vannier à Vallabrègues). Une troisième effigie, née de l’imagination de Thibault Franc, est une version composite qui joue sur un registre ludique : un dragon maléfique métamorphosé en méga jouet en plastique !

Seul en scène, Pascal Monteil ne reconnait plus le soleil dans les appartements princiers. Il a imaginé un parcours autour de l’Eden et de l’Enfer, deux toiles monumentales qui superposent dessins et collages, et juxtaposent les saynètes à la manière de Jérôme Bosch. Épris de spiritualité asiatique, « l’artiste mage » rythme sa proposition de portraits de figures littéraires incarnant le marranisme, le christianisme, le judaïsme et le polythéisme ; d’un ensemble de 16 pantins en tissu et laine brodée échoués dans une salle, gisants d’un temps immémorial (Mon Dieu, mon Dieu, dans quel siècle m’avez-vous jeté ?) ; de 18 tapisseries dédiées au Château (Des îles que n’entoure pas la mer). Un travail complexe, obscur parfois, qui tranche avec sa série Les Naturistes découverte sur son site, dans laquelle sa disposition à distordre l’image pour fantasmer la réalité est d’un kitch inouï. L’« assassin de l’image », comme le nomme Gauthier Roche, dévoile ici sa part d’ombre, laissant à l’atelier sa part plus lumineuse.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Août 2017

Regards d’artistes sur le Château
jusqu’au 31 décembre

Je ne reconnais plus le soleil, Pascal Monteil
jusqu’au 30 septembre

Centre d’art René d’Anjou, Château de Tarascon
04 90 91 01 93
chateau.tarascon.fr

Photo : Mon Dieu, mon Dieu, dans quel siècle m’avez-vous jeté !, ensemble de 16 pantins, tissus, laine brodée, 2016-2017 © Pascal Monteil