Il était une fois dans l’Est : le sixième long métrage de Larissa Sadilova en e-sortie

Le charme discret de la banalitéVu par Zibeline

• 11 juin 2020⇒30 novembre 2020 •
Il était une fois dans l’Est : le sixième long métrage de Larissa Sadilova en e-sortie - Zibeline

Présenté dans la section Un certain regard à Cannes en mai 2019, Il était une fois dans l’Est : sixième long métrage de Larissa Sadilova, n’est pas un western malgré ce titre clin d’œil au mythique Sergio Leone et au dernier Tarentino que la réalisatrice russe admire beaucoup. Ici, pas de règlement de comptes, même si les comptes finiront par s’y régler, mais un banal adultère entre voisins, une histoire d’amour sans drame, sans dam, vécue par des gens ordinaires, ni très jeunes, ni très sexy, à l’aune des canons hollywoodiens. Lui (Egor Barinov) est transporteur routier, elle (lumineuse Kristina Shnaider) tricote écharpes, gants, vestes et bonnets qu’elle va vendre à la ville. Ils sont voisins. Chacun est marié à un conjoint aimant et attentionné (Yury Kisilyov et Maria Semyonova). En parfaite symétrie : il est père d’un grand garçon, elle est mère d’une petite fille. Une vie paisible dans un gros village de Briansk, un peu hors du temps, à quelque 500 km à l’Est de Moscou.

À cet enracinement rural s’opposent les déplacements des deux amants vers les villes. Des voyages propices à leurs rendez-vous clandestins dans la bulle du grand camion frigorifique ou dans des relais routiers. Mensonges et moments de bonheur simple se ritualisent. Leur amour se vit par petits gestes, sans lyrisme et avec si peu de culpabilité. Le scénario suit son cours, linéaire et prévisible, au fil des saisons : après l’ère du mensonge, celle de la lassitude du mensonge, puis celle du soupçon et enfin celle, inévitable, du dévoilement. L’intérêt du film n’est pas dans ce conte-là au sujet rebattu, né d’un fait divers mais dans la façon très particulière de le raconter : bienveillance du regard porté par la cinéaste sur ce monde qu’elle connaît bien, inscription de cette love affair dans un paysage, une géographie, une Histoire. Tourné en immersion dans la région natale de la cinéaste qui a adjoint aux comédiens principaux des acteurs non professionnels, le film documente à chaque plan, la réalité de ce territoire à l’écart des métropoles, et lui fait acquérir une étrangeté familière. Desservis par des bus, approvisionnés par des camions, ces villages semblent surtout reliés à la Nation par le passé douloureux de la guerre. Une babouchka malicieuse et bavarde, pittoresque et authentique, en raconte un épisode. Et la fête nationale du 12 juin où on honore encore les partisans survivants, fédère jeunes et vieux. De l’avenir radieux ou pas, il n’est guère question.

ELISE PADOVANI
Avril 2020

Le film distribué par Jour2fête, devait être en salles courant avril. Pandémie oblige, il se contente pour l’instant d’une e-sortie le 11 juin.

Il était une fois dans l’Est
Russie – 2019
Produit par Larissa Schneidermann, Larissa Sadilova, Rustam Akhadov / Arsi-Film, SHiM-Film

Photographie © DR