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Derrière l'intelligence artificielle, des hommes dangereux

Le cauchemar de Snowden

Derrière l'intelligence artificielle, des hommes dangereux - Zibeline

Un spécialiste en modélisation est intervenu à la BMVR Alcazar le 14 avril dernier, pour parler d’intelligence artificielle au public marseillais. L’invité du cycle de conférences d’Opera Mundi, Jean-Gabriel Ganascia, a une double formation d’ingénieur et de philosophe : il a donc commencé son exposé en imbriquant l’histoire des idées et la cybernétique. Si les aspects très techniques de sa démonstration en ont dérouté certains – pour expliquer que les scientifiques cherchent à simuler le fonctionnement du cerveau avec leurs algorithmes, il a détaillé celui d’un réseau de neurones à trois couches – il a réussi à rattraper tout le monde en revenant… à la politique.

Derrière ces machines qui nous connaissent mieux que nous-mêmes, puisque nous les nourrissons de datas au quotidien, au point qu’elles en arrivent à anticiper nos désirs avant même que nous n’en ayons conscience, il y a des hommes. Qui ont tout intérêt à ce qu’on s’affole à l’idée d’être dépassés par des robots plus intelligents que nous (la « singularité technologique »). Parce que d’après Jean-Gabriel Ganascia, cela dissimule leur ambition réelle : rivaliser, à l’aide de leur toute-puissante technologie, avec les États. Pour lui, « la mémoire n’est pas un disque dur ; sinon on pourrait y stocker tout ce que l’on veut, et surveiller tout ce qu’il y a dedans : la pire dictature ». Le cauchemar d’Edward Snowden, en somme.

Le chercheur constate que la majorité des fonctions régaliennes sont peu à peu grignotées par les grandes entreprises, privées, qui misent sur l’IA : la défense (cybersécurité), la sécurité intérieure (systèmes de reconnaissance faciale, surveillance des citoyens…), battre monnaie (PayPal, Bitcoin…). Et bientôt la perception de l’impôt (le fisc utilise Google Maps pour débusquer les piscines non déclarées), la justice, la santé, l’instruction… Sa conclusion s’est faite sous forme de question : peut-on se sentir libre dans un monde dominé par des humains qui utilisent l’intelligence artificielle ? Et comment faire pour que la peur ne masque pas les dangers réels ? Le cauchemar, on y est déjà.

GAËLLE CLOAREC
Avril 2018

La conférence L’intelligence artificielle et le vivant de Jean-Gabriel Ganascia, organisée par Opera Mundi, a eu lieu à la Bibliothèque de l’Alcazar à Marseille le 14 avril.

Photo : Opéra Mundi © Cécile Arnold


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