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L'hommage de Leda Atomica Musique à la chanson française interlope

Le cabaret du Mauvais genre

L'hommage de Leda Atomica Musique à la chanson française interlope - Zibeline

La nouvelle création de Leda Atomica Musique rend hommage à la chanson française interlope.

Imaginez un duo improbable entre Cruella d’Enfer et Morticia Addams. Il y a la blonde platine, Danielle Stéphan et il y a la brune, Marie Démon. Deux femmes dans la force de l’âge, semblant sortir d’un marché aux puces, avec leur chariot à provisions. Au piano, Martial Paoli paraît tout aussi allumé.

C’est parti pour une heure de récital, enchaînant les chansons à la gloire des paumés, des faibles et des tordus. Au commencement, il y a ce spermatozoïde, véritable héros, élu parmi 300 millions de concurrents, pour donner la vie. Des vies pas toujours dans les clous. Comme cette toquée qui accuse à tort de vol la bonne de la famille. Pire, elle aurait poussé à l’eau son petit frère, mort de noyade.

Ce n’est pas de sa faute, elle « aime faire du mal ». Et d’avouer : Ça tourne pas rond dans ma p’tite tête, la chanson de Francis Blanche. Celles de Brigitte Fontaine, Richard Dubelski, Anne Sylvestre sont également convoquées. Car le mauvais genre à la sauce Leda Atomica, c’est la déviance assumée voire revendiquée. Ici un cha-cha-cha à la gloire de l’égoïsme, là le portrait d’une concierge décadente. « Que la vie est belle depuis que je ne réfléchis plus ! ». Une abdication ? Certainement pas. Face aux dégâts causés par un système médiatique qui procède à la « céphalotomie » des masses, souffle un vent de contestation, avec des slogans révolutionnaires comme « Tout le pouvoir au peuple » et « La propriété, c’est du vol ».

Ici, on aime les gens de peu. Avec Ça fait grincer des dents, de Jean-Marc Le Bihan, sont célébrés les damnés des trottoirs, du sans-domicile à la prostituée. Il n’y a bien que les puissants, harceleurs et oppresseurs, qui méritent le mépris. Ou ceux qui décrètent l’inégalité des droits. « Ne pleure pas si papa et maman sont des ordures » dit un refrain qui fait écho à l’hypocrisie de la loi officialisant le droit à l’adoption pour les couples homoparentaux, toujours difficilement appliquée.

À l’approche de Noël, on égratigne au passage les jouets outrageusement genrés. Le parti des p’tits lapins, d’Henri Tachan, nous rappelle enfin qu’une société est souvent jugée à la manière dont elle traite les animaux. « Le bonheur est une illusion », déclarent nos meneuses de revue. Mais d’ajouter : « La plus essentielle de toutes ». Pas si mauvais genre que ça.

LUDOVIC TOMAS
Décembre 2018

Mauvais genre a été joué les 6 et 7 décembre au théâtre Marie-Jeanne, à Marseille, dans le cadre du festival les Z’Inos

Photo : mauvais genre -c- Thomas Sanna