Gilles Clément au MuCEM : "On ne peut plus fermer les yeux sur les enjeux de l'écologie"

Le bonheur est un jardinVu par Zibeline

• 23 janvier 2015, 29 janvier 2015⇒30 janvier 2015, 5 février 2015⇒6 février 2015 •
Gilles Clément au MuCEM :

Après Edgar Morin, c’était au tour du paysagiste Gilles Clément d’intervenir au MuCEM, interrogé sur le thème du bonheur par trois étudiantes de Sciences Po Aix. Un public jeune et nombreux était venu accueillir celui qui a théorisé le «jardin en mouvement», soit un espace de vie laissé au libre développement des espèces qui s’y installent, et le «tiers paysage», où l’homme abandonne l’évolution du paysage à la seule nature. Gilles Clément privilégie le vivant dans l’exercice de son métier, il préfère l’accompagner plutôt qu’aller contre lui, sagesse de jardinier aisément transposable dans d’autres champs de réflexion. Et qui plonge ses racines dans l’histoire de l’humanité, sans opposer nature et culture : «A l’origine, le jardin est un enclos, l’endroit où l’on cultive le meilleur. Or l’idée du meilleur évolue avec le temps. Prenez les jardins intérieurs hispano-mauresques ; l’eau est un trésor pour ceux qui ont connu le désert : ils la mettent au centre».

Au MuCEM, il a évoqué le choc que fut l’éveil d’une conscience écologique, lorsque certains ont réalisé la menace que fait peser l’action humaine sur la bio-diversité. Comment traduire l’idée de devoir protéger la vie ? Le jardin nous rapproche-t-il de la nature, ou nous apprend-il à la dominer ? A cette très pertinente question posée par ses interlocutrices, Gilles Clément répond ainsi : « le jardin est un territoire mental d’espérance, planter une graine pour demain est une possibilité d’émerveillement, qui rend heureux si l’on n’est pas dans l’illusion de la maîtrise ». Dans ses années de formation, il a appris qu’il fallait d’abord tuer pour cultiver un espace, se débarrasser des taupes, des pucerons à grand renfort de strychnine… Or, «on peut toujours faire avec, même les lapins ou les ronces. Ces dernières années, on a changé nos gestes, on utilise moins de machines, et on ne parle plus de mauvaises herbes».

Le jardinier pratique l’espérance, il croit en la pédagogie : « l’intelligence, c’est lorsque l’univers nous est rendu intelligible : il suffit d’expliquer, et le bonheur, c’est alors de comprendre. » Il croit surtout aux vertus de la résistance, prend un coup de sang à évoquer les interdits qui se multiplient, restreignant l’accès au gratuit, au bien commun de la terre et de l’eau. Évoque la colère au cœur le langage des technocrates, bardé d’acronymes barbares, que le législateur utilise à tour de bras dans un processus inique de privatisation généralisée. Sachez-le, on ne dit plus «purin d’ortie», mais PNPP (pour Produit Naturel Peu Préoccupant) ! Et l’on s’achemine vers un monde dominé par la folie, où l’on va bientôt « mettre de la chimie dans les nuages pour pallier le réchauffement climatique… Tout ça, c’est de la mauvaise allopathie ! »

Dans son éloge de la friche, ce territoire d’accueil pour tout ce qui est chassé d’ailleurs, il dérive vers les cours d’écoles, qu’il faudrait dégoudronner, pour mettre les enfants au contact de la nature. «Je ne vais pas me fâcher ici, mais il y aurait beaucoup à faire ! Qu’est-ce qu’il sera riche, le possesseur de la dernière abeille vivante !» Et conclut sur une préconisation : « puisqu’il n’y a pas de projet politique aujourd’hui, que la seule logique est celle du profit, il faut répondre au pouvoir : on ne vous écoute plus, on récupère une économie locale. On ne peut plus fermer les yeux sur les enjeux de l’écologie. Il faut trouver une alternative ».

GAËLLE CLOAREC
Janvier 2015

Gilles Clément est intervenu le 23 janvier au MuCEM dans le cadre du cycle de rencontres Le bonheur, quel bonheur ?

Prochains rendez-vous du temps fort : avec Roland Gori le 29 janvier, Pierre Giannetti le 30, Patrick Bouchain le 5 février, et enfin Pierre Rabhi le 6.

Photo : Gilles Clément © X-D.R

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