« Un jour qui était la nuit » de Jean-Loup Trassard, écrivain de l'agriculture passée

Le bon vieux tempsLu par Zibeline

« Un jour qui était la nuit » de Jean-Loup Trassard, écrivain de l'agriculture passée - Zibeline

Jean-Loup Trassard est né en 1933. Sa dernière publication chez Gallimard, Un jour qui était la nuit, d’une certaine manière, témoigne de cette longévité littéraire qui évoque un monde qui n’est plus du tout le nôtre : celui essentiellement des cantons et des campagnes de France où l’on roulait en Dauphine et où les gens parlaient encore un français très local et où les prénoms étaient systématiquement précédés de l’article défini. Le livre sous-titré récits en réunit 15, dont le quatrième sert de titre à l’ensemble. Il ne s’agit donc pas de nouvelles, d’histoires courtes fondées sur la fiction pure et dont l’art réside dans l’habileté de la chute. Le recueil, dans sa multiplicité, crée une unité comme celle par exemple du genre avec des nouvelles fantastiques, qui traverse chacune des pièces de l’édifice littéraire.

Ici rien de cela, Jean-Loup Trassard parle beaucoup de lui, de ses souvenirs familiaux (D’un juge à l’autre), de son métier d’écrivain et de photographe de la campagne en noir et blanc (le livre est d’ailleurs dédié à la photoreporter Christine Spindler). Les textes rassemblés appartiennent visiblement à des époques différentes de la vie de l’auteur. On peut d’ailleurs regretter que leur date de parution initiale ne soit pas mentionnée. Chacun d’entre eux donne lieu à une dédicace en direction de personnages plus ou moins (re)connus. Le lecteur, la lectrice contemporaine ont bien du mal à s’intéresser aux personnages (un ingénieur des mines, un cantonnier ou des paysans, des ecclésiastiques…) parce Jean-Loup Trassard n’est pas le grand Pierre Michon des Vies minuscules. Il s’autorise tout de même une escapade en Espagne, dans le dernier texte (La codorniz). Ses réflexions personnelles sur son entreprise d’écrivain manquent aussi singulièrement de force et n’apportent rien de nouveau à l’analyse critique.

On peut ainsi s’interroger sur la nécessité d’éditer un tel ouvrage profondément passéiste, comme si le monde rural d’aujourd’hui ne méritait pas que la littérature s’empare de lui comme le fait par exemple le cinéma. Jean-Loup Trassard dit de lui-même qu’il est un « écrivain de l’agriculture », curieux projet tout de même. On lui préfèrera Virgile.

MARIE DU CREST
Juin 2021

Un jour qui était la nuit
Jean-Loup Trassard
Gallimard, 21 €