Vu par Zibeline

Retour sur le film My Sweet Pepper Land de Hiner Saleem projeté dans le cadre du festival nouv.o.monde à Rousset

Le bon, la belle et le méchant

• 16 mars 2014 •
Retour sur le film My Sweet Pepper Land de Hiner Saleem projeté dans le cadre du festival nouv.o.monde à Rousset - Zibeline

Le film commence par une pendaison au soleil, burlesque, laborieuse, en deux temps. La corde cède, on recommence. La nouvelle région autonome du Kurdistan irakien, après la chute de Saddam Hussein, fonde sa liberté par une épuration qui manque de dignité. Question application des lois, morale, justice, on sent l’amateurisme, le bricolage, le compromis. La séquence inaugurale annonce le parti-pris de Hiner Saleem qui, pour saisir les enjeux politiques et sociaux de son pays, adopte avec My Sweet Pepper Land,  un ton tragi-comique, et le genre du western, spaghetti sur les bords ! Aucun ingrédient ne manque, Ford et Leone en figures tutélaires. Le combat entre le bien et le mal, le face-à-face entre «purs» et «pourris», gâchettes faciles et chevauchées sauvages. Les paysages puissants en panoramiques, montagnes mauves à rocs nus, hauts plateaux écorchés, défilés propices aux embuscades. Un «saloon»-auberge, une école, un poste de police où s’alignent au mur les photos des anciens «shérifs» patibulaires dont on devine la fin prématurée. Les répliques lapidaires à la Clint Eastwood, le kitch assumé d’un éclair zébrant le ciel en plan de coupe d’une scène d’amour, et le happy end. On rit «jaune» toutefois. La libération du pays n’a rien changé pour les femmes aux destins tracés par leurs familles, asservies aux pères et aux frères, soumis eux-mêmes à la tyrannie des coutumes ancestrales. La guerre continue aux frontières pour les Peshmergas turcs et il existe là, d’immenses zones de non-droit, dominées par des chefs de clans organisant leurs trafics en toute impunité, imposant leurs règles par la corruption, le chantage, le crime tout en se réclamant sans cesse de l’honneur ! C’est dans «ce triangle des Bermudes» entre Iran-Irak-Turquie, dans un village isolé que vont se rencontrer : le Bon, le commandant de police Baran (Korkmaz Arslan), héros de la guerre d’indépendance, fuyant lâchement l’obstination de sa mère à le marier, et la Belle, Govend, l’institutrice (Golshifteh Farahani). Tous deux, parce qu’ils croient aux libertés individuelles et à l’éducation, défient le Méchant, le chef tribal Aziz Aga (Tarik Akreyi). Film du mélange des genres, des tons, à l’instar de la bande son proposant blues, folk, chansons traditionnelles kurdes et hang (un instrument inventé par des Suisses ! ), My Sweet Pepper Land est un piment doux : les Lumières contre l’obscurantisme avec le plaisir de voir gagner, pour un temps du moins, les premières.

ELISE PADOVANI
Mars 2014

My Sweet Pepper Land de Hiner Saleem a été projeté en avant-première le 16 mars à  nouv.o.monde, le Festival Cinéma de Rousset organisé par Les Films du Delta, qui s’est déroulé du 13 au 16 mars

Les Films du Delta, Rousset
04 42 53 36 39
www.filmsdelta.com

Photo : My Sweet Pepper Land de Hiner Saleem © Memento Films