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L'historien Heinz-Gerhard Haupt et le psychanalyste Roland Gori en dialogue sur le terrorisme

L’autre terrorisme

L'historien Heinz-Gerhard Haupt et le psychanalyste Roland Gori en dialogue sur le terrorisme - Zibeline

Le nouveau cycle des Rendez-vous de demain proposés par Thierry Fabre au Théâtre du Gymnase a débuté sur un sujet sensible : le terrorisme. Pour échanger leurs points de vue sur la question, étaient invités un historien en résidence à l’IMéRA*, Heinz-Gerhard Haupt, et le psychanalyste Roland Gori (retrouvez ici l’interview de ce dernier). Devant une salle plus clairsemée que lors des précédents dialogues, l’un et l’autre sont revenus à la racine du terrorisme, un mot utilisé tout d’abord pendant la Révolution française, où l’on désignait ainsi les Jacobins. Heinz-Gerhard Haupt est spécialiste du XIXe siècle, plus précisément des mouvements nihilistes et anarchistes. Il explique que le mot a changé de sens à cette époque, glissant d’un excès de pouvoir étatique à ceux qui le menacent. Précisant que pour les historiens, le terrorisme tel qu’on le comprend aujourd’hui n’apparaît que lorsqu’une opinion publique est déjà développée : la propagande par l’acte tente de soulever un esprit de révolte. Roland Gori opine : « Il naît de la conviction qu’il n’y a pas de changement politique atteignable par la parole ».

Décidément sur la même longueur d’ondes, les deux hommes ont martelé que les pires expressions du terrorisme naissent en temps de dislocation sociale, quand l’État ne se tient pas à ses propres valeurs, passe des lois de plus en plus sécuritaires, devenant chaque jour plus excluant. Si la jeunesse d’aujourd’hui rejoint les rangs de Daesh, c’est parce qu’elle ne trouve pas d’autre façon d’être vivante, dans un monde qui ne tourne qu’avec l’argent, que de se tourner vers la mort, rappellent-ils avec tristesse. « Tout dépend de la manière dont nous allons être capables de transformer notre société politiquement, culturellement, pour qu’elle fasse place à tous. Sinon, le terrorisme a de beaux jours devant lui. »

GAËLLE CLOAREC
Octobre 2018

* IMéRA : Institut d’études avancées d’Aix-Marseille Université, qui accueille en résidence des chercheurs et artistes.

La conférence La Fabrique des terrorismes, d’hier à demain. Une violence inédite a eu lieu le 16 octobre au Théâtre du Gymnase, Marseille

Photo : Roland Gori (à gauche), Thierry Fabre (au milieu), Heinz Gerhard-Haupt (à droite) © GC.


Théâtre du Gymnase
4 rue du Théâtre Français
13001 Marseille
08 2013 2013
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