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Le Larzac sous l’œil de la photographe Manuela Marques au Musée de Lodève

Larzac enchanté

• 20 janvier 2019⇒19 mai 2019 •
Le Larzac sous l’œil de la photographe Manuela Marques au Musée de Lodève - Zibeline

Manuela Marques, première artiste invitée en résidence au nouveau Musée de Lodève, fait résonner ses photographies avec l’échelle du temps géologique

Le Musée de Lodève est un porte-parole du territoire qu’il habite et irrigue. Depuis sa réouverture en juillet dernier dans un bâtiment rénové et agrandi, la directrice Ivonne Papin Drastik poursuit une démarche intégratrice et transversale. Aux côtés des collections archéologique, préhistorique et géologique, où la quasi totalité des pièces a été prélevée dans les environs, les sculptures de Paul Dardé révèlent une pierre issue de ces mêmes sols ; l’exposition de l’artiste invitée en résidence s’inscrit dans ce mouvement d’aller et retour entre temps et espace, avec la volonté d’interroger ce paysage, de lui donner un statut d’élément fondateur et identitaire régional, digne des plus profondes réflexions scientifiques et artistiques. Manuela Marques, photographe, vidéaste, ne connaissait pas le causse du Larzac. Elle a tout de suite été happée par la force de cette nature âpre et lumineuse. L’aspect minéral surtout l’a touchée, elle s’est sentie en communication intime avec Dardé, dont on lui a dit qu’il s’était trouvé un lieu, quelque part non loin de Lodève, où il sculptait à même la roche. Durant son immersion dans la région, elle a cherché cet endroit, en vain. A-t-il été recouvert par les végétaux ? La roche tendre s’est-elle érodée au fil des ans, la pluie effaçant les entailles de l’homme ? Mystère. Paysage enchanté ?

Magie des lieux

Accroché face au somptueux Faune de Dardé, dans le hall du musée, le Sphynx est la première photographie du parcours, hommage au sculpteur aux prises avec l’élément minéral. Un rocher, parmi les herbes, semble sculpté, lui aussi. Mais ce ne sont que des cavités naturelles, les aléas du temps sur la pierre, qui forment comme une présence mystérieuse traversant les âges.

Manuela Marques, pendant les trois mois qu’elle a passés sur le site du Cantercel, a procédé par prélèvements, déplacements d’infimes morceaux de paysages. Sa démarche n’est pas documentaire, elle est celle d’une artiste qui réinvente les lieux qu’elle traverse, leur fait raconter une histoire un peu magique, où les repères sont brouillés. Entre la série de Pierre dressée, monolithes levés dans l’Antiquité (qu’elle a dû chercher longtemps aussi), photographiés « en pied », comme des hommes dont on ne connaitrait ni l’identité, ni la taille, et les Lacis, compositions de fleurs et graminées sur fond bleu mat, où les éléments se répondent et se répètent comme face à un miroir, les échelles sont bousculées, et la nature s’exprime dans une langue nouvelle. Comme Dardé, la photographe a installé son atelier au cœur de la nature. Pour produire ces images aux couleurs d’une incroyable densité, Manuela Marques a fait fabriquer une machinerie (une grande plaque de plexiglas noir ultra réfléchissant) où le ciel de midi se transforme en un bleu nuit qui évoque le velours royal (ou l’habit d’une fée), et les fleurs, des trésors. Dehors encore, elle a capturé (« j’ai beaucoup marché, j’avais des tenailles ») des pierres, qu’elle a remis en scène dans des cadres où elles semblent en apesanteur (Gravité). Infimes signaux, elle parsème aussi des papiers monochromes (magnifique palette de noir, rouge, vert, orange et bleu) de graines et feuilles séchées (Graines). Devant ces grands aplats lumineux, comme des vitrines, on se sent tout d’un coup capables de comprendre un peu de ce qui nous relie à tout ça.

ANNA ZISMAN
Janvier 2019

Manuela Marques, Et le bleu du ciel dans l’ombre
jusqu’au 19 mai
Musée de Lodève
04 67 88 86 10 museedelodeve.fr

Photo : Manuela Marques, Gravité 1, 2018. Impression pigmentaire, sur papier baryté 55 x 83 cm © ADAGP Paris 2018