Vu par ZibelineRetour sur l'exposition Bellmer, Ernst, Springer, Wols, des artistes au Camp des Milles, à voir jusqu'au 15 décembre

L’artiste et le gardien

• 20 septembre 2013⇒15 décembre 2013 •
Retour sur l'exposition Bellmer, Ernst, Springer, Wols, des artistes au Camp des Milles, à voir jusqu'au 15 décembre - Zibeline

Fin des années 30 : bon nombre d’artistes et intellectuels opposants au régime nazi sont venus se réfugier en France, et particulièrement en Provence. De septembre 1939 à juin 1940, les ressortissants du Reich et autres étrangers, considérés comme sujets ennemis par l’État français, sont internés au Camp des Milles, camp de transit ou de rétention, avant que cette ancienne tuilerie ne devienne un point de départ pour les camps de la mort (lire ici).

La reprise d’une activité industrielle sur le site dès 1947 n’a pas effacé les traces d’un tel passé, les fresques dessinées par les prisonniers, les graffitis gravés sur les poutres… Ont été préservées aussi un certain nombre d’œuvres rassemblées aujourd’hui par la commissaire Juliette Laffon dans l’exposition Bellmer, Ernst, Springer, Wols Des artistes au Camp des Milles. Les dessins et aquarelles réalisés par ces quatre hommes au cours de leur détention, ou en rapport avec elle, sont accompagnés d’un travail précieux de documentation accompli par Bernadette Caille (sachant que la recherche archivistique du Mémorial est loin d’être menée à bien). Mettre en regard les obsessions de Hans Bellmer, corps morcelés, mis à nu, le style renaissance italienne de Ferdinand Springer, appliqué à des activités du quotidien comme l’évacuation du «seau à merde», les courriers désespérés adressés par Max Ernst à sa galeriste parisienne, et les feuillets arides de l’administration, souligne à la fois le processus implacable qui amenait les gens dans les camps, et l’irrépressible force vitale des détenus s’exprimant ainsi par la création.

Alain Chouraqui, Président de la Fondation du Camp des Milles, rappelle que le fait de déployer une dimension culturelle dans un lieu de déportation n’est jamais une évidence, même si le site des Milles n’était pas un camp d’extermination où «l’on ne peut que se taire, essayer de sentir, c’est tout». L’enjeu du cycle d’expositions intitulé Créer pour résister est de souligner avec force et délicatesse à la fois que «l’art peut faire reculer l’indicible», là où la raison atteint ses limites. Il est clair que découvrir ces œuvres ici n’a pas le même impact que dans un musée des Beaux-Arts.

GAËLLE CLOAREC

Octobre 2013

Bellmer, Ernst, Springer, Wols
jusqu’au 15 décembre
Site-Mémorial du Camp des Milles
04 42 39 17 11
www.campdesmilles.org

À lire
Bellmer, Ernst, Springer, Wols au Camp des Milles
Flammarion

Photo : Ferdinand SPRINGER, Sommeil du prisonnier, 1939-1940 Technique mixte sur papier Collection particulière ©  Jean Bernard