L’exposition "Des marches, démarches" à parcourir au Frac Paca jusqu’au 10 mai

L’art qui marcheVu par Zibeline

• 8 février 2020⇒10 mai 2020 •
L’exposition

Pour Guillaume Monsaingeon, philosophe-commissaire (à qui l’on doit aussi Le temps de l’île au Mucem, Mappamundi à l’Hôtel des Arts de Toulon, Echelle 1 : 1 pendant MP2013…) il ne s’agit pas avec Des marches, démarches de répondre, une nouvelle fois, à la question : la marche est-elle une forme d’art ? Il nous rappelle que la question a été traitée, et réglée, par Dada, les Surréalistes, les Lettristes, les Situationnistes, le Land Art, et celles et ceux, nombreuses et nombreux, qu’ils inspirent depuis. Tout en notant, d’entrée de jeu, avec humour et quelques objets vernaculaires, qu’« on n’a pas attendu les artistes pour marcher », son exposition se donne donc comme mission de proposer un panorama, non exhaustif, de démarches artistiques assez récentes, utilisant la marche comme forme artistique. Tout le bâtiment du Frac est concerné : sur le plateau 1, l’exposition s’oriente autour du corps qui marche, sur le plateau 2 autour des paysages de la marche, sur le plateau 3 sur une mise à disposition artistique des archives du collectif italo-romain Stalker, sur le plateau multimédia une sélection de vidéos, et sur le plateau expérimental un « all-over », dessin-sculpture d’Anaïs Lelièvre. Le tout accompagné de rendez-vous ponctuels pour des marches « live », proposées in-situ et dans le quartier, conçues par différents artistes.

L’art de la lenteur

Ce sont ainsi les travaux de plus de 60 artistes, marcheurs soit à temps plein, soit à temps partiel, qui sont offerts aux regard des visiteurs. Artistes qui, à partir de leurs différentes façons d’observer et/ou de s’engager dans une marche (promenades, déambulations, parcours, errances, performances, randonnées, processions – individuelles, accompagnées, collectives) et du milieu dans lequel elle a lieu (urbain, naturel, entre les deux, espace ouvert, espace clos) témoignent de leurs expériences. Avec une donnée immuable : la marche, c’est avant tout de la lenteur. Une lenteur qui détermine les espaces auxquels on accède, et un rapport au monde spécifique, qui imprègne toutes les productions. Sur le plateau 1, on relèvera l’installation vidéo de la hollandaise Paulien Oltheten. Point de départ esthétique de son travail, aux airs d’anthropologie : son intérêt pour les routines des gens, qu’elle aime observer, dans l’espace public. La façon qu’elle a de mettre en scène et de tenir son point de vue, tout en se laissant porter par la fantaisie de ce qu’elle découvre auprès des passant(e)s et des espaces qu’elle sollicite, est réjouissante. Ainsi la très lente « Meditation walking » d’un employé de bureau à New York. Ou les hauts et les bas, les dessus et dessous, du parvis de La Défense à Paris. Sur le plateau 2, on notera le compte-rendu, sous forme d’une sorte de constellation murale constituée de photographies, de textes, de cartographies subjectives, d’objets, d’un livre et de sons, d’un projet de Till Roeskens : le « Sentier Marcel ». Un ancien sentier de berger de la Haute-Bléone, dans les Alpes-de-Haute-Provence, menacé de disparition. Reconstruit collectivement par l’artiste et quelques complices. Force, fragilité et humilité. À souligner enfin que les nombreux jeux de proximité et de résonnances ouverts entre les œuvres par l’accrochage de Guillaume Monsaingeon, prolongés par la mise en abîme de la situation de marcheur-visiteur dans cette exposition de marches et de démarches, ne gâchent rien.

MARC VOIRY
Mars 2020

jusqu’au 10 mai
Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur, Marseille
04 91 91 27 55 fracpaca.org

Photo : Pol Bury (1922-2005), Images pour la théorie de la démarche, ensemble d’essais d’Honoré de Balzac. La chèvre (2e état). Estampe. Paris, Maison de Balzac. © Pol Bury / Maison de Balzac / Roger-Viollet © ADAGP, Paris, 2020

FRAC PACA
20 Boulevard de Dunkerque
13002 Marseille
04 91 91 27 55
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