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Retour sur l'exposition Ricciotti Architecte à voir à la Friche la Belle de Mai jusqu'au 18 mai

L’art et les manières de Rudy Ricciotti

• 14 février 2014⇒18 mai 2014 •
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Retour sur l'exposition Ricciotti Architecte à voir à la Friche la Belle de Mai jusqu'au 18 mai - Zibeline

La Friche La Belle de Mai accueille, jusqu’au 18 mai, la première monographie consacrée à l’architecte Rudy Ricciotti

Dans une brève introduction, André Jollivet, président de la maison de l’Architecture, remerciait chaleureusement Rudy Ricciotti d’avoir donné à Marseille une œuvre unique, de celles qui font dire à chacun, intellectuel ou ouvrier, homme ou femme ou autre, adolescent ou retraité : «C’est beau.»
Rudy Ricciotti, colosse rugissant et bienveillant, se définit comme un architecte en rupture avec le mouvement moderne et son dernier avatar, le minimalisme, qu’il accuse de tuer l’architecture, ou le rêve d’architecture.
Il tempête contre cet art qui perd ses mots, qui perd son langage, qui n’exprime plus rien. Lui se dit réactionnaire, régionaliste, maniériste, petit-bourgeois. Un petit-bourgeois fils de maçon que rien ne rend désormais plus heureux que la multitude des hommes sur ses chantiers, et qui, dans une boutade provocatrice, rêve bruyamment d’une stratégie de l’erreur conceptuelle, génératrice d’efforts supplémentaires pour ces hommes qui calculent, projettent, transportent, construisent ensemble.
Un maniériste qui exige le droit à la forme, le droit au motif, le droit à la narration contre la dictature du silence en architecture. Un régionaliste qui raconte qu’il a trouvé la trame de la résille du MuCEM en interprétant simplement ce qu’il avait sous les yeux : le jeu de la lumière sur les rochers, sur la mer. Un réactionnaire qui refuse la dictature du peu, l’obligation honteuse de faire simple pour réduire les coûts de production.
Dans une agréable et relative pénombre, les murs sont couverts d’images. Les images des projets, photos d’architecture précises, informatives, souvent désincarnées, presque dans la norme, et d’autres qui disent les inspirations, l’origine des réflexions et des concepts. Des gouaches des bâtiments construits, aux couleurs saturées, sont regroupées sur une de ces parois, peut-être les seules «œuvres» de cette exposition que l’architecte dit être composée de «documents», car ici, ce qui compte, c’est le «travail». Et les documents sont aussi ceux du chantier, ceux des étapes successives de la construction : des matrices en bois des éléments constructifs, à l’échelle réelle des ouvrages exécutés, des moules en résine et métal, des maquettes en terre cuite, des tronçons de passerelle, des fragments de faux-plafonds, racontent l’aventure patiente et laborieuse de l’architecture, qui va de l’esprit à la matière.
Détails d’architecture et simples «documents» de travail, les objets exposés au centre du dispositif ont cependant une puissance formelle sculpturale prodigieuse, comme l’irrépressible résultat de ce furieux désir de narration qui anime leur auteur.
Il aura commencé sa présentation en transportant son auditoire devant le travail de paysans malgaches construisant un abri aussi simple que sublime, assemblant et nouant des végétaux coupés et taillés sur place.
Une architecture de l’urgence, sans calcul, locale, irréductible, indispensable, comme la sienne.

MAURICE PADOVANI
Février 2014

Ricciotti Architecte
jusqu’au 18 mai
Friche La Belle de Mai, Marseille

www.ma-lereseau.org

Photo : Musée Cocteau, Menton © Eric Dulière


La Friche
41 rue Jobin
13003 Marseille
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