Vu par Zibeline

Une rencontre-conférence sur le thème L’Art peut-il enseigner la psychanalyse ? à l'Hôtel de Ville de Marseille

L’Art et la psychanalyse

• 1 décembre 2013 •

Prolongeant les 43e journées de L’École de la Cause freudienne des 16 et 17 novembre derniers à Paris, à l’intitulé-programme Traumatismes dans la cure analytique, bonnes et mauvaises rencontres avec le réel, l’Association de la Cause freudienne Méditerranée-Alpes-Provence proposait le 1er décembre, à l’Hôtel de Ville, une rencontre-conférence présentée par Renée Adjiman sur le thème L’Art peut-il enseigner la psychanalyse ?.

Deux courtes interviews de Richard Martin et de Rudy Ricciotti (vidéos réalisées par Pierre Falicon et Benoît Kasolter pour la première, P. Falicon et Nicole Guey pour la seconde) inauguraient la séance. Sept minutes pour interroger l’homme de théâtre puis l’architecte sur ce qui a fait trauma dans leur carrière et sur ce qui les a portés. Le renoncement à être peintre pour Richard Martin, sa découverte de l’authenticité dans le mensonge dramatique et le souffle poético-politique de 68 le conduisant à croire au partage et à la fraternité. L’absence des mots dans une enfance solitaire pour Ricciotti, la cruauté du passage à l’acte imposé à tout architecte, la peur du combat inégalitaire contre une réalité qui n’est jamais le reflet des modèles mathématiques et le bonheur des victoires. Pas de commentaires sur ces confidences filmées mises en exergue des questions posées aux intervenants : L’art peut-il enseigner la psychanalyse sur le malaise dans une civilisation du XXIe siècle où l’idéal recule face au «plus-de-jouir» ? Comment l’art peut-il aider à interpréter ce malaise ? voire y faire réponse ? Chacun a abordé ces questions avec ses lunettes : les loupes d’Hervé Castanet  professeur des Universités et psychanalyste, qui a examiné le cas Antonin Artaud, les longues-vues de Brice Matthieussent, enseignant en histoire des arts à l’ ESAD qui a replacé les questions dans une perspective plus historique, et les modestes verres de presbyte revendiqués par son collègue Frédéric Valabrègue, qui a évoqué son expérience quotidienne auprès des apprentis-aspirants-artistes auxquels il enseigne (ou «saigne» pour lacaniser un peu). Sans perdre de vue les analyses fondatrices de Freud dans son essai de 1930, Malaise dans la civilisation, chacun s’est interrogé sur la production de l’œuvre plus que sur sa réception, sur la séparation mouvante entre le dedans et le dehors, sur l’implication du corps dans le processus. Artaud, répondant à la perte du langage, à l’effondrement de son monde mental par son bricolage personnel : dessins où se projettent et se cadrent des objets-documents, glossolalies où les cordes vocales disent l’impossibilité à dire, développements en espace dans un théâtre d’une cruauté salvatrice. L’artiste n’est pas un producteur d’objets mais quelqu’un qui cherche à trouver un langage au-delà du langage commun. Matthieussent a regretté que Freud ait méconnu les avant-gardes qui lui étaient pourtant contemporaines et n’ait pas appréhendé la rupture entre l’art (inadmissible pour la majorité cultivée) et la culture ( partagée par cette majorité et aux puissantes pulsions de mort ) comme le feront plus tard Adorno ou Kundera. Dernier intervenant, Valabrègue a répété que l’art se fiche de la psychanalyse, qu’il ne permet pas de s’exprimer -ce qui supposerait de faire passer un «dedans» au dehors et de l’objectiver alors que ce «dedans» n’existe pas. Moi est fumée, recherche. Rabattre une idée sur une forme, c’est la tuer. «Le plus difficile, lui avait-on dit quand il était jeune écrivain, c’est d’être à la fois dedans et dehors.» Le débat final n’a pas eu lieu faute de temps et on n’a pas vraiment su si l’art pouvait enseigner la psychanalyse, mais on a compris que dans les deux domaines la démarche se fait par des tâtonnements, des destructions parfois et par un chemin sensible qui aboutit au mieux à faire bouger les lignes.

ÉLISE PADOVANI
Décembre 2013