Vu par Zibeline

Retour sur 3 expositions du Parcours métropolitain d’art contemporain

L’art est dans la métropole

• 6 juillet 2019⇒30 décembre 2019 •
Retour sur 3 expositions du Parcours métropolitain d’art contemporain  - Zibeline

Première édition initiée par le FRAC et la Métropole Aix-Marseille-Provence du « Parcours métropolitain d’art contemporain ». Retour sur la deuxième étape du périple.

Le parcours est construit en 4 expositions : deux expositions collectives thématiques L’art de détourner les objets et Il était une fois le paysage ; et deux expositions monographiques, Françoise Pétrovitch et Ymane Fakhir. Le tout décliné en cinq étapes, jusqu’à fin décembre, couvrant cinq bassins de population du territoire. Après être passées par Lambesc en juillet, Pertuis en août, c’est dans une salle de la bibliothèque municipale de Saint Mitre les Remparts qu’on a vu les quelques œuvres, peintures et lavis sur papier de Françoise Pétrovitch. De jeunes silhouettes, plutôt androgynes, aux contours fluides, sur fonds blancs ou colorés, accompagnées d’un oiseau, d’un lapin, d’une plante, ou bien de formes abstraites. Des yeux fermés, deux têtes d’enfants avec des masques d’animaux blancs aux yeux noirs, sur fond rouge et bleu. Des mains qui accueillent, d’autres qui cachent ou cherchent à toucher en vain, ou encore qui tiennent, celle-ci un revolver, celle-là un gant. Les personnages, absorbés dans leurs rêveries, semblent se diluer dans leur environnement, en apparence paisible, mais habité d’une violence sourde. Une peinture sensitive, précise, traversée par des présences et des absences simultanées.
Au deuxième étage de la Tour Saint-Louis, à Port Saint-Louis, dans L’art de détourner les objet deux grandes photographies de Natacha Lesueur occupent l’entrée : un dos masculin courbé, et une paire de jambes féminines. Le dos semble être une sorte de pâté recouvert de gelée, truffé au niveau de quelques vertèbres, et la paire de jambes, surmontée d’une mini-jupe et accompagnée d’un sac à main, est gainée d’une membrane résillée de graisse. La société de consommation et ses corps-objets deviendrait-elle cannibale ? Juste à côté, des croquis de Carlos Kusnir, encadrés sous verre, où il s’amuse à brouiller les pistes entre corps, image, espace, objet. De l’autre côté de la salle, trois œuvres issues de gestes répétitifs, pour deux démarches voisines : un globe, issu d’une multitude de chewing-gums séchés aux couleurs ternes, mâchés un par un au préalable, puis assemblés, par l’artiste Jeremy Laffon ; et deux dessins, abstraits, de Yazid Oulab, qui semble vouloir faire émerger de la feuille, à force de l’user en la saturant d’innombrables cercles concentriques et d’impacts de pointes de crayons, quelque chose d’immatériel. Enfin à Alleins, au-dessus de Salon, la salle des mariages de l’Hôtel de Ville accueille Il était une fois le paysage. Introduite par de sombres gravures de Mehdi Zannad, Fantômes de villes : pied d’immeuble, entrée fermée d’une résidence, tour CMA-CGM, bout de quartier, le tout en mode apparitions crépusculaires. D’autres apparitions, dans une série de six photographies de Monique Deregibus, prises à Chatila et à Beyrouth, encadrées et posées au sol, se déployant à l’horizontale le long d’un mur. Photographies d’apparences banales, qui, lorsqu’on les regarde attentivement, laissent apparaître et réactivent, petit à petit, des indices d’une histoire violente minant le paysage. En face, accrochée à hauteur des yeux, une photographie de Jean-Marc Bustamante semble travailler les mêmes enjeux temporels, mais de façon moins documentaire, plus « plasticienne » : une pente de colline méditerranéenne, terreuse, broussailleuse et arborée, apparemment banale là aussi. Mais de petites zones de flous, de bougés, apparaissent dans l’image de façon inexplicable, des accélérations dans un paysage fixe. Chourouk Hriech, elle, rassemble de façon verticale et circulaire paysages et temporalités : trois petites colonnes, arrivant à hauteur de genou, constituées de disques en bois de taille moyenne, noirs et blancs, posés les uns sur les autres. Un empilement temporel au sommet duquel plusieurs perspectives urbaines sont rassemblées, dessinées en noir et blanc, composant des paysages imaginaires, tirant vers l’abstrait. Enfin, d’autres dessins, petits formats, clôturent l’exposition, ceux de Nkanga Otobong, colorés à l’acrylique, sorte de petits morceaux de territoires qui, d’un côté, semblent mis en culture sur des plates-formes se développant en même temps, et de l’autre, sont arrachés du sol, empalés vifs par des aiguilles végétales très très pointues. Le paysage est un conte cruel.

Marc Voiry
Octobre 2019

 

Ces expositions seront à nouveau présentées, du 19 octobre au 17 novembre dans les lieux suivants :

Françoise Pétrovitch, Théâtre de l’Eden, Sénas

Il était une fois le paysage, Médiathèque, Eyguières

L’art de détourner les objets, Médiathèque, Meyrargues

Ymane Fakhir, Bibliothèque, Fuveau

 

04 91 91 27 55 fracpaca.org

 

Photo : L’art de détourner les objets, Tout Saint-Louis, Port-Saint-Louis-du-Rhône. Crédit photo Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur, François Deladerrière