François Stahly, Pierre Tual et Myriam Mihindou occupent la Friche de l’Escalette durant tout l’été

L’art en fricheVu par Zibeline

• 1 juillet 2020⇒31 août 2020 •
François Stahly, Pierre Tual et Myriam Mihindou occupent la Friche de l’Escalette durant tout l’été - Zibeline

Sur le terrain de l’ancienne usine de plomb situé sur la route des Goudes, 73 ans de production de lingots de plomb, de 1851 jusqu’à la fermeture en 1924, ont définitivement empoisonné, outre une multitude d’ouvriers, ce lieu magnifique, qui fut par la suite longtemps squatté et traversé par diverses activités clandestines avant d’être intégré au Parc National des Calanques en 2012. Des quelques cinq hectares sur lesquels s’étendait l’usine, deux sont complètement condamnés et interdits d’accès en raison de cette pollution. Les trois autres ont été achetés au Conseil Général en 2011 par la Galerie 54, c’est-à-dire Éric Touchaleaume, antiquaire, et son fils. Ils y développent depuis 2016, entre ruines industrielles, zones polluées clôturées, et végétation méditerranéenne luxuriante, un projet de parc de sculptures et d’architectures légères. En particulier, l’architecture en kit de Jean Prouvé, ingénieur-ferronnier, qui les passionne, et dont deux modèles de pavillons (Cameroun et Lorraine) se trouvent à l’entrée du site. Ils se visitent depuis l’ouverture du projet.

L’esprit des lieux

Accompagnés du chant des cigales, de quelques araignées épeires gourmandes, parmi les traces de sangliers, et au milieu d’une nature revancharde, colonisant sauvagement les ruines monumentales de ce XIXe siècle industriel marseillais, on découvre cet été des œuvres de François Stahly, Pierre Tual et Myriam Mihindou. Pierre Tual travaille l’acier corten, matériau à la mode, cher, car son procédé d’oxydation sophistiqué le rend quasi-indestructible. Il le travaille en feuilles qu’il plie et replie pour aboutir à ses Reliefs, formes aplaties abstraites, aux lignes douces et légères. Une petite dizaine de ces œuvres sont fixées sur un mur de soutènement de l’ancienne usine (25 mètres de haut, 5 d’épaisseur, sur 100 de large !), deux sont déclinées en tables basses à l’intérieur du Pavillon Cameroun. Une dernière, verticale, constituée de bandes d’acier découpées, pliées (à l’aide d’un tracteur) et assemblées, a été placée à l’entrée d’une enfilade de galeries voutées d’anciens fours.

De François Stahly, au détour d’un sentier caillouteux (qui grimpe raide !) on trouve un ensemble de sculptures verticales de différentes hauteurs : L’été de la forêt. Éléments de poutres de chêne récupérés et assemblés, traité avec un mélange de laine de verre et de vinaigre d’alcool pour faire ressortir le tanin, noir, du bois. Sorte de famille de totems, ouvert en demi-cercle, convoquant archaïsme et spiritualité, donnant une impression d’« art premier ». D’autres de ses œuvres, principalement en bronze poli, sont exposées dans un ancien atelier de réfection des outils de l’usine, œuvres inspirées, selon les dires de l’artiste, de « l’eau qui coulerait sur des formes organiques ». Formes abstraites gracieuses, aux lignes arrondies, avec un sens du point d’équilibre délicat.

Enfin, dans le Pavillon « Lorraine » de Jean Prouvé, sont suspendus aux structures métalliques par des cordelettes des ensembles de petites sculptures arrondies, entre objets, cailloux, coquillages, bijoux, fétiches, reliques, réalisées en savon et terre cuite par l’artiste franco-gabonnaise Myriam Mihindou. Résultats de petits gestes caressants, malicieux, précis et attentionnés.

MARC VOIRY
Juillet 2020

jusqu’au 31 août
La Friche de l’Escalette, Marseille
friche-escalette.com

Photo : L’été de la Forêt, François Stahly © C. Baraja – E. Touchaleaume -Archives Galerie 54 -Friche de l’Escalette