Kharmohra, L’Afghanistan au risque de l’art, exposition à voir jusqu’au 1er mars au Mucem

L’Art en danger

• 25 novembre 2019⇒1 mars 2020 •
Kharmohra, L’Afghanistan au risque de l’art, exposition à voir jusqu’au 1er mars au Mucem - Zibeline

Après l’Albanie, le Mucem repousse les frontières de l’Europe et de la Méditerranée jusqu’en Afghanistan, là où, une fois de plus, l’art est en danger. Et pose de manière magistrale la question de la place de l’artiste dans la société, particulièrement dans ce pays fracturé depuis 1979 par une succession de guerres et d’interventions militaires. Sous le commissariat de Guilda Chahverdi et le conseil scientifique d’Agnès Devictor, et grâce à la scénographie d’Anaïde Nayebzadeh, la création contemporaine afghane n’a jamais été aussi vivante.

Six artistes ont obtenu un visa pour la France à l’occasion de leur exposition, l’une d’entre eux est en résidence à la Fondation Camargo (Aziz Hazara), d’autres sont en exil en Europe en attente de papiers. D’autres encore sont restés à Kaboul, la ville terrorisée. Kharmohra, L’Afghanistan au risque de l’art est plus qu’une exposition, c’est un manifeste pour la paix. L’histoire d’une renaissance. Chaque œuvre ici porte les stigmates des conflits successifs, et donc de l’insécurité permanente des populations. Et donc des artistes.

Cueilli dès l’entrée par le visage masqué du Div qui porte en lui le mal et la folie des hommes, on prend acte de la force de la parole artistique traversée par des questionnements communs : la place de la femme afghane dans l’espace public, hostile, creuset de toutes les violences ; l’histoire familiale et quotidienne comme source d’inspiration ; la sauvegarde de l’oralité, primordiale au-delà de la tradition et du folklore ; l’impact des graffitis face aux tentatives désespérées d’en effacer les traces par les religieux ; les mouvements migratoires intra et extra-muros, subis ou volontaires ; la symbolique du vêtement qui « restitue une dignité à des corps (…) maltraités par la guerre ». Quel que soit le médium, photo, vidéo, installation, sculpture, peinture ou dessin sont empreints d’une intense gravité comme en témoignent la performance de Kubra Khademi filmée par Mina Rezaie (Armure), les images de Farzana Wahidy insurgée contre la barbarie faite aux femmes (Protest) et de Aziz Hazara, témoin de l’absurdité de la parole instrumentalisée (Le Mur des condamnations), les toiles de Latif Eshraq faisant sienne la douleur de Farkhunda lynchée par la foule, les bouteilles peintes par Mahdi Hamed Hassanzada revendiquant ouvertement l’expression d’une sensualité défendue ou encore les aquarelles noyées de rouge de Mohsin Taasha faisant surgir le sang de la vie qui vibre en lui. « Nous avons vu le pire, rêvé du meilleur, puis est arrivé le pire » écrit Abdul Wahab Mohmand. Puissions-nous lire un jour qu’ils « vivent le meilleur ».

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Novembre 2019

Kharmohra, L’Afghanistan au risque de l’art
jusqu’au 1er mars
Mucem, Marseille

Illustration : Série La Renaissance du rouge © Mohsin Taasha

Mucem
Môle J4
13002 Marseille
04 84 35 13 13
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