Avec Les étrangères, Irina Teodorescu offre des clés pour apprivoiser le monde

L’art du faux pasLu par Zibeline

• 12 novembre 2015⇒14 novembre 2015, 12 novembre 2015⇒14 novembre 2015 •
Avec Les étrangères, Irina Teodorescu offre des clés pour apprivoiser le monde - Zibeline

Avec Les étrangères, Irina Teodorescu signe un livre d’une envoutante poésie. Il pourrait être considéré comme appartenant à la longue lignée des romans de formation, avec le personnage central de Joséphine, petite fille que l’on voit grandir, entre la Roumanie et la France, avec un papa roumain et une maman française. Son statut particulier lui accorde le droit de libre circulation entre les deux pays alors que sévit toujours la guerre froide. Privilège, sans doute du point de vue des adultes, mais cette capacité en fait une étrangère dans les deux pays, rejetée par ses pairs. Tout ce qu’elle raconte aux uns et aux autres, apparaît comme factice, pourtant elle voudrait « simplement que ses amies l’aiment ». Le style dépouillé, se meut dans l’étonnement des choses, cernant au plus près le personnage, en adoptant un point de vue intérieur délicatement distancié par l’usage de la troisième personne. Après le départ du professeur particulier de violon, Mademoiselle Lili, pour laquelle elle ressent ses premiers émois amoureux (doublés de la question « peut-on être amoureuse d’une femme ? »), il y a les cours détestés du conservatoire, et la décision de « prendre des photos de tout, de ce qu’elle verra, de la déchirure du pull-over du professeur (…) et de ce qu’elle ne verra pas ou plus comme le regard hystérique des enfants pianistes qui l’arrosent en été avec leurs pistolets à eau ». Joséphine devient photographe, rate avec panache le bac, en présentant à tous les examinateurs ses photographies… Acte déterminé révolutionnaire par la presse… Suivent le succès, la richesse, une vie autre, le nom qui se masculinise comme la tenue, -Aladin remplace Joséphine-,  les expositions, un appétit inextinguible des regards, des instants captés, révélateurs de sens… et il y a la rencontre avec Nadia, la danseuse, au corps souple et rond. Nadia, « tel un soleil qui brûle sans compter », Nadia qui accepte les faux-pas que réclame l’artiste pour donner à voir cette « ligne qui va un peu trop loin ». Exploration des limites, du temps, de l’amour, et d’une faim toujours insatisfaite. Le roman glisse sur le personnage de la danseuse,  sa fuite à Kalior, pour se retrouver, se reconstruire, comprendre enfin les mots de Kahj, le peintre, « Cesse de croire qu’il y a à prouver ou à montrer ou à raconter quelque chose. Il n’y a rien. Il n’y a que ce que nous sommes, et toi Nadia, tu es danse. Danse, mouvement, énergie. Il n’y a qu’à être. Seule ».

MARYVONNE COLOMBANI
Novembre 2015

Les étrangères, Irina Teodorescu, éditions Gaïa, 18€.

Les éditions Gaïa seront présentes en tant qu’invitées à l’Automne en librairie du 12 au 14 novembre.
Le programme d’Automne en librairies est visible sur le site : http://www.librairie-paca.com/