Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub

Carte blanche à Gérard Traquandi à Arles, pour un parcours entre objets d'art médiévaux, modernes et contemporains

L’art du dépouillement

• 3 avril 2016⇒19 septembre 2016, 3 avril 2016⇒19 septembre 2016 •
Carte blanche à Gérard Traquandi à Arles, pour un parcours entre objets d'art médiévaux, modernes et contemporains - Zibeline

À l’abbaye de Montmajour, des œuvres modernes et contemporaines tracent avec des objets d’art médiévaux un parcours très minimaliste conçu par Gérard Traquandi

Ceux qui avaient apprécié la proposition de Christian Lacroix en 2013, pourront aujourd’hui trouver le parti-pris de Gérard Traquandi bien austère. Répondant à la carte blanche offerte par le Centre des monuments nationaux qui gère l’abbaye, le peintre-commissaire a opté pour une posture de retrait personnel -trois œuvres seulement- pour privilégier ses pairs et un choix restreint d’objets d’art roman, en correspondance avec le lieu.
La proposition de Gérard Traquandi s’avère déconcertante tant elle apparaît minimaliste. Tout d’abord par un choix esthétique « suivant [son] intuition », d’un dépouillement évident en résonance avec l’histoire de cet ancien lieu de vie monastique conduit sous la règle bénédictine. Le peintre-commissaire a recherché davantage l’intégration que l’exhibition. «  Ce que j’aime dans l’art d’avant la Renaissance, c’est que c’est un art hyper contextualisé dans l’architecture. Dans le modèle renaissant sur lequel on est encore, l’homme est au centre. Tout est égocentré. Pour le Moyen-âge il n’est pas question de ça. Je crois que les artistes que je montre ici ressemblent à cette histoire de l’art pré-renaissante. ».

Bernd Lohaus, Villeneuve, 1988, bois flottés et assemblés, 64x546x544cm © C. Lor_n_Zibeline 2016
photo : Bernd Lohaus, Villeneuve, 1988, bois flottés et assemblés, 64x546x544cm © C. Lorin/Zibeline 2016

Humilité et règles de l’art
Pour autant, si les œuvres présentées ne relèvent pas de l’art sacré à proprement parler, elles ont à y voir par la simplicité, l’humilité de leur présence. La sculpture de Bernd Lohaus ordonnée au sol sous les voûtes de la grande nef, bien que de grandes dimensions, intègre et structure l’espace discrètement, pour en appeler à la disponibilité du vide. « Je ne suis pas sensé faire obstacle au regard du visiteur » insiste Gérard Traquandi, comme le montre son installation murale colorée composée pour l’exposition comme une partition médiévale.
Ainsi des peintures essentielles de Jean-Pierre Bertrand posées simplement dans le parloir. « Nous parlions de règle. Pour ce chapiteau qui vient de Cluny, voilà quelqu’un qui a travaillé selon les règles de l’art et en respectant les règles de l’histoire religieuse. Mais on sent bien qu’il l’a fait avec une certaine liberté. C’est peut-être ça l’intuition. ».
On notera que les artistes retenus appartiennent à une génération née au siècle passé (Hilma af Klint, pionnière méconnue de l’art abstrait, en 1862) et on aurait apprécié que cette sélection sollicite la vision actuelle de jeunes créateurs suivant leur intuition, comme les règles qu’ils se donnent peut-être.
Le catalogue à paraître contiendra les reproductions des objets d’art roman et des œuvres présentées in situ de Giovanni Anselmo, Jean-Pierre Bertrand, stanley brouwn, Helmut Federle, Hans Josephsohn, Hilma af Klint, Bernd Lohaus, Gérard Traquandi, un entretien avec Paul-Hervé Parsy et un essai inédit de Paul Audi.
CLAUDE LORIN
Mai 2016

La règle et l’intuition
jusqu’au 19 septembre
Abbaye de Montmajour, Arles
04 90 54 64 17 abbaye-montmajour.fr

photo : Helmut Federle, Siedlung Korea I, 1988, acrylique-toile, Centre Pompidou, Paris © ADAGP, Paris 2016