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La papeterie Tsubaki d'Ogawa Ito, finement traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako aux éditions Picquier

L’art des lettres

La papeterie Tsubaki d'Ogawa Ito, finement traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako aux éditions Picquier - Zibeline

Le nouveau roman d’Ogawa Ito, finement traduit par Myriam Dartois-Ako aux éditions Picquier, La papeterie Tsubaki, nous fait redécouvrir le goût de l’écrit à la main, de la délicatesse de la correspondance, qui, loin des supports numériques, choisit son papier, ses encres, son style… et la langue japonaise connaît de nombreuses voies de transcription, caractères Hiragana (il y en a 50), Katakana (50 aussi pour les mots d’origine étrangère), Kanji, enfin, (caractères chinois au nombre infini, assortis de plusieurs calligraphies, régulière, semi-cursive, cursive). La protagoniste, Hatoko, « l’enfant des pigeons », surnommée Poppo, (pigeon en langage enfantin), retourne dans la ville de Kamakura pour reprendre la petite papeterie que lui a léguée sa grand-mère. C’est cette dernière, écrivain public, qui a fait son éducation, et transmis avec rigueur l’art d’écrire des lettres, depuis le choix du papier, de la calligraphie appropriée, des mots, des formules, des enveloppes des timbres. Tout est signifiant, jusqu’au moindre détail, couleurs, plumes, épaisseur des traits, qualité du papier, son origine, les timbres : « si l’enveloppe est un visage, le timbre est le rouge à lèvres qui donne le ton (…) dans son choix se concentre, dit-on, la sensibilité de l’expéditeur ». Elle, qui avait claqué la porte et fui un monde qui l’étouffait, découvre peu à peu son passé, la vérité sur les sentiments de sa grand-mère à son égard, prend plaisir à écrire pour les autres, à trouver les mots justes, ainsi que leur cadre et les manières les plus pertinentes de leur donner vie : une plume de verre écrira un « billet doux » dont l’enveloppe sera cachetée de miel… En illustration, les missives parsèment l’ouvrage de leurs signes hermétiques auxquels le lecteur a été rendu sensible par les explications précédentes, la respiration des phrases, la légèreté des symboles leur mouvement deviennent familiers, même si leur signification nous échappe. Une lumineuse simplicité se dégage de l’ensemble, les êtres trouvent une sérénité nouvelle au rythme doux des saisons qui scandent les chapitres. L’écriture en art de vivre, une clé du bonheur ?

MARYVONNE COLOMBANI
Octobre 2018

La papeterie Tsubaki, Ogawa Ito, traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako
éditions Picquier, 20 €