Richesse oblige, le nouveau roman d’Hannelore Cayre aux éditions Métailié Noir

L’art de l’élagageLu par Zibeline

Richesse oblige, le nouveau roman d’Hannelore Cayre aux éditions Métailié Noir - Zibeline

Rien à voir avec un traité de botanique ou un manuel de jardinage…. Richesse oblige, le  nouveau roman d’Hannelore Cayre, offre plutôt la chronique grinçante, un tantinet machiavélique, et franchement réjouissante, d’une ascension sociale aussi fulgurante que calculée. Celle de Blanche de Rigny qui, tout handicapée qu’elle soit, et si modeste que soit sa situation, n’en parviendra pas moins à assainir un arbre généalogique touffu, élaguant sans merci ses branches pourries. Pour la bonne cause évidemment ! Et sans s’embarrasser de morale ou de remords, certains spécimens humains ne méritant aucune pitié. Pour l’autrice de La Daronne qu’on avait déjà beaucoup aimé, (et dont, au passage, l’adaptation cinématographique sera très prochainement sur les écrans, avec Isabelle Huppert dans le rôle-titre), pour ses héroïnes-narratrices du moins, la fin justifie toujours les moyens.

On retrouve dans Richesse oblige la verve et la gouaille de La Daronne. On y retrouve aussi une héroïne pas forcément gâtée par la vie, très vivante pourtant, et déterminée à améliorer son existence (et celles de ses proches) par tous les moyens. Sur ce plan, Blanche ne manque ni d’idées, ni de finesse stratégique, comme précédemment la Daronne. Mais ce qui est nouveau, c’est que le récit s’articule aussi autour d’un autre personnage, Auguste de Rigny, le lointain ancêtre de Blanche, dont on suit la vie durant quelques mois de l’année 1870. 1870, la guerre franco-prussienne, le siège de Paris, la Commune… En ce temps-là, les gosses de riches pouvaient échapper à la conscription et à la guerre : leurs familles payaient des pauvres pour aller se faire tuer à leur place. Cela s’appelait le remplacement, et c’est à cause de ce remplacement d’Auguste que Blanche est apparentée aux de Rigny… On n’en dévoilera pas plus.

L’histoire se développe donc à deux époques distinctes, auxquelles la romancière, via sa narratrice, semble trouver bien des points communs. Ainsi, observant les manifestations qui passent  régulièrement sous ses fenêtres, celle-ci se dit : « Il suffisait d’avoir lu Balzac, Zola ou Maupassant pour ressentir dans sa chair que ce début de XXIème siècle prenait des airs de XIXème. […] La lecture du Père Goriot avec ses impayables conseils de Vautrin à Rastignac pour gravir l’échelle sociale devenait ultra branchée, et la vision méritocratique du monde, complètement ringarde. »  Une double intrigue menée tambour battant-et très sérieusement documentée-, des personnages décalés et attachants, un style tonique souvent très drôle, et, cerise sur le gâteau, une réflexion caustique sur un monde qui va mal. Hannelore Cayre déclare que l’idée du livre lui est venue en lisant l’essai de Thomas Piketty, Le capital au XXIe siècle. Pas étonnant qu’elle fasse de Blanche une justicière impitoyable !

FRED ROBERT
Mars 2020

Richesse oblige
Hannelore Cayre
Editions Métailié Noir, 18 euros