Délicieuse légèreté des Apéropéras du Festival Durance Luberon

L’art de la légèretéVu par Zibeline

Délicieuse légèreté des Apéropéras du Festival Durance Luberon - Zibeline

Alors que l’on s’écharpe (sic) pour des motifs aussi futiles que des vêtements et que les Tartuffes d’aujourd’hui cherchent à couvrir « vertueusement « ce sein qu’[ils] ne saurai[ent] voir », quel plaisir de fin gourmet que d’écouter des airs frivoles où l’amour est badinage élégant, la coquetterie, appétit de la vie, et le désir, amusement charmant. C’est à ces savoureuses mignardises que nous convie le Festival Durance Luberon, avec ses ApérOpéra(s) qui se conjuguent dans l’écrin d’une place de village provençal (Grambois) ou de la cour de l’ancienne usine à cerises (oui, oui !) devenue les Jardins de Magali (Lauris). L’heure de Franz Lehár se fait exquise, on pousse l’escarpolette de Véronique (André Messager), on complète la liste des Mille e tre de Don Giovanni, on se promet de se donner la main, délicieux euphémisme, Là ci darem la mano, si l’autre est volage et cruel, on l’aime quand même, avec Yvette d’Oscar Strauss (Je t’aime quand même), on se plaint d’être délaissé(e) aux côtés de la capricieuse Eurydice d’Offenbach (Orphée aux Enfers) qui se console grâce à Jupiter transformé pour la séduire en mouche, ah ! les zzzz du Duo de la mouche ! coquins en diable (après tout on est chez Pluton), bissés par un public hilare et enthousiaste…apéropéra aout 2016 La mouche la soprano Virginie Fenu et le baryton Florent Leroux-Roche (tous deux issus des classes du CNR de Marseille, et lauréats de nombreux prix), se costument, jouent de la sobriété du décor (une chaise), convoquent Don Juan, Zerlina, Musette de La Bohème, Véronique, La Veuve joyeuse, Eurydice, Suzanne, le Comte du Mariage de Figaro, gantière et bottier de La Vie Parisienne, avec intelligence et humour. Vladik Polionov les accompagne au piano, présente avec une malicieuse érudition, et offre deux interludes en solo, Un petit train de plaisir de Gioachino Rossini, petit bijou spirituel et cocasse, scandé par les annonces, Cloche d’appel, Montée en wagon, En avant la machine, Douce mélodie du frein, (…), Terrible déraillement, jusqu’à l’ironique Douleur aigue des héritiers !  Dans une autre veine, mais tout aussi facétieuse, Souvenirs de Bayreuth, fantaisie en forme de quadrille sur les thèmes favoris de la Tétralogie de R. Wagner  de Fauré et Messager, où les thèmes de l’Anneau des Nibelungen s’orchestrent en un pot-pourri jubilatoire entre le cor de Siegfried et la chevauchée des Walkyries, en laissant de côté la dimension épique de l’œuvre du père du Crépuscule des Dieux ! Le French Cancan endiablé final (en bis) couvre toute aspiration sérieuse… Légèreté quand tu nous tiens !

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2016

Concert donné le 13 août aux Jardins de Magali (Lauris)

apéropéra aout 2016
06 42 46 2 50
www.festival-durance-luberon.com

Photographie © Maryvonne Colombani